Lettre aux Médias n° 57Février 2000Les microorganismes marinsSommaire :
Les microorganismes marins, perspectives industrielles Les biotechnologies offrent actuellement des outils qui peuvent être utilisés pour les recherches sur le milieu marin et ce milieu, porteur dune grande diversité, peut être considéré comme un vaste gisement de molécules exploitables à des fins biotechnologiques quelles soient scientifiques ou industrielles. LIfremer a donc orienté, dès la fin des années 80, une partie de ses activités en microbiologie dans le but de lexplorer. Des études ont permis denvisager le milieu hydrothermal, situé par des fonds de 1000 à 4000 mètres, comme particulièrement favorable. Ses moyens dinvestigation (navires et engins submersibles) lui permettaient dy accéder, les caractéristiques extrêmes du milieu autorisant une recherche originale. Létude des microorganismes de ces milieux extrêmes est intéressante dans la mesure où elle a été, jusquà récemment, largement ignorée. Certaines espèces se sont révélé, par ailleurs, aisément cultivables. On peut penser trouver dans les fonds sous-marins des groupes despèces qui nexistent pas forcément sur terre. La possibilité de croissance par forte température est la piste détudes la plus importante. Restait à vérifier que les hautes pressions (du fond) ne sont pas une condition indispensable à la croissance de ces organismes. Cest ce qui a été fait par lIfremer dans le cadre dune coopération scientifique (1997-1999) avec les chercheurs japonais, les seuls actuellement à posséder un équipement permettant de vérifier ce point très important pour les industriels, futurs utilisateurs. Que ce soit pour la production dexopolysaccharides ou pour la mise en évidence de nouvelles enzymes originales, des contrats de recherche en collaboration ont été conclus avec des industriels nationaux ou européens. Ces travaux ont abouti à la découverte et à la mise sur le marché de polymérases thermostables (Eurogentec), à la mise en évidence denzymes pour usage direct par les partenaires industriels (amidonnerie), au développement de polysaccharides à fonction rhéologique (groupe agro-alimentaire Even), et au lancement dun produit actif pour la cosmétologie. Dans le but de protéger les intérêts scientifiques de lIfremer tout en garantissant à lindustrie la possibilité dexploiter les résultats, les produits obtenus sont protégés, dès que possible, par un brevet. A ce jour, lIfremer est titulaire ou co-titulaire de 7 brevets princeps (19 brevets étendus) couvrant 23 molécules originales. LIfremer a également concédé à la société nouvellement créée, Proteus, un droit dusage de la collection de souches hydrothermales afin quelle lintègre dans sa recherche systématique ("screening") denzymes industrielles. Une stratégie similaire pourrait, dans un futur proche, amener lInstitut à soutenir la création dune start-up pour le développement des polysaccharides.
* celui qui existe au Jamstec (équivalent japonais de lIfremer) et qui a nécessité un budget de lordre de 40 MF. Il permet de pratiquer des essais à hautes pressions sur des souches bactériennes. Identification des microorganismes hydrothermaux, découverte dun genre nouveau Deux jeunes chercheurs utilisent la biologie moléculaire pour décrire la biodiversité de la microflore des sources hydrothermales. La recherche des micro-organismes seffectue traditionnellement par des cultures denrichissement, dans des conditions fixées par lexpérimentateur. Dans ce cas, seules les espèces cultivables sont détectées. Les techniques de biologie moléculaire ont récemment permis daller plus loin. Les espèces microbiennes sont identifiables par comparaison de leurs séquences dADN ribosomique 16S, gène existant chez tous les micro-organismes. Il comporte certaines zones variables, permettant la classification des espèces sur un arbre phylogénétique. Il est possible de procéder à une amplification de cette portion dADN à partir de lADN total extrait dun échantillon, par la technique de PCR, couramment utilisée dans les laboratoires danalyse biologique. Les ADNr 16S obtenus en mélange sont alors séparés puis séquencés. Les séquences dADN sont comparées à celles des banques de données disponibles. Cela permet de situer les gènes obtenus : espèce connue ou inconnue, genre nouveau. Cest ainsi que la souche MV1075, appartenant à la collection de micro-organismes de lIfremer, a été choisie pour modèle. En septembre 1997, le sous-marin Nautile remonte un morceau de cheminée hydrothermale du site Menez-Gwen, situé sur la dorsale médio-Atlantique au large des Açores, à près de 1000 m de profondeur. Une fois la souche mise en culture, lanalyse de lADN indique quil peut sagir dun représentant dun nouveau genre de bactérie. Mais lADN nest quun premier indice, dautres techniques doivent être utilisées pour décrire la souche et déterminer son originalité. La morphologie, les conditions de culture optimales (pH, température, salinité), leffet des antibiotiques, les caractéristiques métaboliques (quelles molécules sont consommées et produites par la bactérie lors de sa croissance ? etc), autant de critères qui permettent de cerner la personnalité de la souche et détablir une vraie fiche signalétique. La comparaison de MV1075 avec les souches proches disponibles a permis de valider son appartenance à un nouveau genre de bactérie thermophile. Il sagit ensuite dévaluer si cette originalité taxonomique saccompagne dune originalité des activités enzymatiques susceptibles dintéresser les industriels (enzymes thermostables tels les amylases utilisées dans les lessives ou les xylanases utilisées dans le blanchiment de la pâte à papier). Lintérêt de létude est aussi écologique. A chaque nouvelle souche isolée ou nouvel ADNr 16S séquencé, la compréhension du monde microbien et son incroyable biodiversité se trouvent modifiées. Ainsi, les deux espèces les plus proches de la souche MV1075, ses "cousines", proviennent curieusement toutes deux de puits de pétrole de lOklahoma et du Texas ! La proximité de souches issues décosystèmes a priori tellement différents a fait émerger le concept dune biosphère souterraine, véritable monde microbien profond, dont les puits de pétrole et les sources hydrothermales abyssales constituent des fenêtres entrouvertes. Aux chercheurs de les ouvrir un peu plus ...
Un nouvel outil de reconnaissance dune espèce toxique : le cas de Dinophysis Une application particulière des outils moléculaires de détection (une sonde ADN) est testée actuellement pour lidentification dune espèce toxique, Dinophysis acuminata. Celle-ci est susceptible de provoquer épisodiquement des phénomènes diarrhéiques en cas dingestion par lhomme de coquillages contaminés. Entrepris par une jeune chercheuse en post-doc à lIfremer de Brest, ce travail comporte deux parties distinctes. La première consiste à étudier tous les morphotypes connus de Dinophysis a. cest-à-dire les différentes formes quil peut revêtir, suivant la saison et lendroit où il est repéré. Nous savons quau printemps, il est plus gros, rondouillard même ; quen été il est plus petit, de forme allongée et que vers le mois doctobre, il aura tendance à grossir à nouveau. La question qui se pose alors est : "Sagit-il toujours de la même espèce, sous des formes différentes ?". Les techniques danalyse des séquences de lADN permettent dy répondre par laffirmative, il sagit bien, dans tous les cas, de Dinophysis acuminata. La seconde partie du travail porte sur lélaboration dun outil moléculaire de détection du plancton toxique, plus précis et plus rapide que les méthodes classiques dobservation des cellules au microscope. Une sonde capable de détecter lalgue toxique, même à très faibles concentrations, est à létude. Cette technique, très utilisée en microbiologie, commence à être appliquée aux algues, en particulier aux algues toxiques. Le problème de Dinophysis acuminata réside dans le fait quil peut savérer toxique à moins de 100 cellules par litre deau de mer et il est alors difficilement détectable par les méthodes traditionnelles dobservation au microscope. En effet, sachant quil peut être toxique à moins de 100 cellules par litre et que lon utilise des tubes contenant 10 mL, le repérage doit donc seffectuer sur... une seule cellule. Difficile de ne pas passer à côté ! Le nouvel outil moléculaire permet de détecter des densités de 30 cellules par litre. Les chercheurs envisagent maintenant de travailler sur dautres espèces toxiques comme Alexandrium minutum, dont les toxines sont, elles, paralysantes. Dans ce cas, au problème de sensibilité de détection de lalgue toxique sajoute un problème de reconnaissance spécifique. En effet, les espèces du genre Alexandrium sont très difficiles à distinguer les unes des autres à laide dun simple microscope. Une sonde moléculaire serait un moyen de reconnaissance infaillible. De plus il permettrait de donner lalerte plus rapidement. Loutil, une fois rôdé, pourrait servir en routine aux analyses de lIfremer, dans le cadre de son réseau de surveillance littoral et dans les autres pays concernés par les efflorescences de ces algues toxiques.
* ADN : Acide désoxyribonucléique Une bactérie thermophile au secours de la PCR ... Lune des techniques de biologie moléculaire les plus utilisées, dans de nombreux domaines (santé, agro-alimentaire, etc) est la technique dite de PCR (Polymerase Chain Reaction), réaction permettant damplifier in vitro des fragments dADN de façon à en obtenir une quantité suffisante pour létudier. Ces réactions damplification de lADN sont catalysées in vitro par une enzyme thermostable appelée ADN polymérase de type I. Comme toute technique, celle-ci présente des limites quil conviendrait de repousser. Les principales sont, dune part, la longueur du fragment dADN que peut répliquer lADN polymérase thermostable, dans le meilleur des cas 40 kb environ, et, dautre part, le taux derreurs non négligeable réalisées par lenzyme lors des réactions de polymérisation. Les industriels souhaiteraient pouvoir répliquer des séquences beaucoup plus longues (supérieures à 100kb) et dont la séquence nucléotidique serait conforme à la molécule mère dADN. La stratégie classique, pour améliorer le système de PCR, consiste à agir sur lenzyme par mutagénèse afin den améliorer les propriétés de processivité et de fidélité. Lidée, née à lIfremer dans le laboratoire de Biotechnologies des Micro-organismes Hydrothermaux, porte non pas sur lamélioration des ADN polymérases de type I, mais sur la recherche de facteurs protéiques (facteurs de réplication thermostables) pouvant interagir avec lenzyme afin den améliorer in vitro les performances. Par ailleurs, le génome complet de la souche hyperthermophile, Pyrococcus abyssi qui appartient à lIfremer, a été complètement séquencé par le Génoscope et annoté. Ceci a permis de découvrir quil existait un autre ADN polymérase de type II. Sans entrer dans le détail, les chercheurs pensent que ces nouvelles ADN polymérases (de type II) sont celles qui seraient responsables in vivo de la réplication de lADN et pourraient permettre la mise en place dun système homologue, cette fois in vitro, de réplication de lADN. Il nest pas utopique de penser y parvenir en utilisant comme modèle une archaebactérie hyperthermostable telle que Pyrococcus abyssi, dont on connaît parfaitement la séquence du génome et dont plusieurs gènes codant pour des facteurs de réplication ainsi que pour lADN polymérase II ont déjà été clonés et exprimés au laboratoire. Le gain essentiel recherché est une plus grande capacité à synthétiser in vitro de longs, voire de très longs, fragments dADN tout en réduisant le nombre derreurs dincorporation de nucléotides dans les molécules dADN synthétisées. Outre lintérêt que présentent la recherche et létude de telles nouvelles enzymes plus performantes et de facteurs de réplication pour réaliser des PCR sur de très longs fragments dADN, ces mêmes outils se révèlent également particulièrement importants pour être utilisés dans des programmes de séquençage de génomes complets tel le génome humain, par exemple.
* polymérase :
enzyme capable denchaîner des nucléotides en polymères dADN ou dARN. Les enzymes du fond des océans intéressent les industriels Récoltés au fond des océans lors des campagnes de plongée des submersibles habités de lIfremer, les microorganismes marins extrêmophiles intéressent les industriels. Ce sont particulièrement les enzymes et leur potentiel qui les intéressent, leur résistance à des conditions extrêmes leur ouvrant des domaines dapplication interdits aux enzymes usuelles. En effet, les produits existant sur le marché (traditionnellement issus de microorganismes dorigine terrestre : levures ou champignons) ne répondent pas toujours parfaitement aux attentes. Soit la réaction provoquée est incomplète, soit elle se fait à une certaine température mais lon souhaiterait quelle puisse se faire aussi dans certaines autres conditions de pH (très acide, par exemple). Il existe toujours une demande non satisfaite et elle ne cesse de croître. Constamment à la recherche dinnovation et de nouveaux produits, les industriels de nombreux secteurs se sont tournés vers le laboratoire de biotechnologies de lIfremer et sa collection de micro-organismes issus de lhydrothermalisme marin. Leur objectif était dexploiter au mieux la biodiversité naturelle existante et limmense potentiel dactivités catalytiques quelle possède. En effet, les études montrent quune petite fraction des micro-organismes (5% environ) a pour linstant été identifiée. Lintérêt essentiel des bactéries thermophiles est, bien sûr, la résistance à de hautes températures. Un exemple : au cours de la transformation de la pâte à papier, une des enzymes (de type xylanase) doit opérer dans des conditions difficiles de solvant, de pH, etc, à haute température. Les enzymes issues des bactéries hydrothermales pourraient donc être bien adaptées à ce traitement. Les industriels recherchent aussi, avec lutilisation des enzymes, une alternative aux procédés chimiques existants. Laction des enzymes est plus spécifique et peut se révéler moins polluante. Le marché des enzymes est en forte croissance : entre 1995 et 2000, il a été multiplié par un facteur 10. La demande est donc forte, les enzymes intervenant maintenant dans pratiquement tous les procédés agro-alimentaires : dans lélaboration des arômes, dans la fabrication des jus de fruits, des boissons gazeuses, dans les process de clarification, dans la fabrication du pain ; et aussi, dans de nombreux autres domaines tels que lindustrie pharmaceutique, la fabrication des lessives ou lalimentation animale (cf page suivante).
Perspectives pour lalimentation animale Dans le domaine de lalimentation animale, de nombreux industriels sont intéressés, aujourdhui, par de nouvelles pistes de recherche. Les bactéries des fonds marins constituent incontestablement une piste intéressante. En effet, ces industriels qui préparent des "plaquettes" daliments composés pour les animaux, porcs ou volailles, recherchent des activités enzymatiques répondant à des conditions de production tout-à-fait spéciales. Quil sagisse de pH, de température, de stabilité à la pression ou de la présence de solvants, par exemple. Les conditions régnant dans le milieu marin profond sont plus rigoureuses quailleurs et les bactéries doivent sy adapter pour vivre dans des conditions plus extrêmes que dans le milieu terrestre. Les industriels recherchent par lutilisation de ces enzymes une dégradation de la paroi des végétaux qui ne peut être assimilée directement par lanimal. Il sagit dune recherche doptimisation de la ressource énergétique ingérée, tout en limitant les rejets et en les rendant moins polluants. Ceci leur permettra dentrer plus facilement dans un cadre législatif de plus en plus sévère, par exemple, sur le plan européen. LIfremer a répondu à une demande particulière dindustriels souhaitant améliorer leurs procédés de fabrication daliments destinés aux animaux. Les produits de base sont des céréales, telles que lavoine ou le blé. Mais, entre lépi et la plaquette nutritive ingérée par le volatile, la fabrication passe par certains stades - la dégradation de polymères tels du xylane et de lamidon en particulier - qui doit seffectuer à haute température, entre 70 et 110°C. Très peu denzymes issues dorganismes terrestres (bactéries, champignons, levures) peuvent y résister. LIfremer, de son côté, possède une collection de souches résistantes à la chaleur. Deux techniques ont été mises en oeuvre par le laboratoire de biotechnologies brestois : toute la collection disolats (1200 environ) a été passée au crible vis-à-vis des activités précises demandées, par la voie biochimique. Les résultats étant apparus positifs, une deuxième phase a porté sur lidentification de gènes "codants" pour les enzymes recherchées. Cest loutil bio-informatique qui est alors utilisé, en comparant toutes les séquences disponibles de gènes codants pour ces activités. Une amplification par la technique de PCR (Polymerase Chain Reaction) permet ensuite aux scientifiques daboutir aux gènes recherchés de façon précise. Les espoirs sont fondés sur les résultats des travaux en cours actuellement : les plus récents sont prometteurs. Une compétition existe au plan mondial pour ces activités, mais lIfremer est particulièrement bien placé : lavantage réside dans lexistence dune souchothèque et aussi dun savoir-faire en biologie moléculaire et en enzymologie. Cest un domaine dexcellence de lInstitut.
Microorganismes hyperthermophiles : comment les élever ? La culture des micro-organismes hydrothermaux en laboratoire doit permettre aux chercheurs de disposer dune biomasse suffisante, pour des études denzymologie par exemple, et de pouvoir étudier avec précision la physiologie de ces organismes. Deux souches ont été prises comme modèle. La première, Pyrococcus abyssi, vient du bassin Nord-Fidjien, la seconde, Thermococcus hydrothermalis, a été récoltée sur la ride Est-Pacifique. Sur cette dernière, des activités enzymatiques intéressantes ont été identifiées notamment des enzymes impliquées dans lindustrie de lamidon. Ces souches sont toutes deux des hyperthermophiles provenant de la paroi même des fumeurs (cheminées hydrothermales) doù le fluide sort à une température pouvant atteindre 350°. Ces espèces sont hétérotrophes, cest-à-dire quelles utilisent la matière organique comme nourriture et comme source dénergie elles utilisent également du soufre ; en son absence les rendements de cultures en conditions classiques sont très faibles. Pour la mise en culture de ces souches, plusieurs problèmes se posaient : lutilisation dun milieu à base deau de mer, contenant de la fleur de soufre, et le travail à haute température. Ces conditions particulièrement corrosives nécessitaient ladaptation du matériel de laboratoire courant. Les cultures se pratiquent dans des appareils appelés fermenteurs (ou bioréacteurs) et le dispositif utilisé est un fermenteur "gaz lift", adapté dun matériel existant. Cest un appareil en colonne, traversé en continu par un fort débit dazote, ce qui permet déliminer, au fur et à mesure, les produits indésirables (gaz nauséabonds ou toxiques pour les bactéries) et permet aussi de cultiver ces micro-organismes en labsence de soufre. Ces fermenteurs, de 2 ou 5 litres, réalisent des cultures en continu. Les conditions expérimentées sur ces deux souches-modèles pourront ensuite être adaptées à dautres espèces pour la production denzymes, de métabolites bio-actifs, par exemple. Lon ne sait pas encore tout sur les micro-organismes hydrothermaux, mais lon a maintenant un outil permettant de mieux connaître leur physiologie (à quelle température optimale ils se développent, quels substrats ils utilisent, etc.) et de disposer dune culture sur une longue période. Celle-ci peut en effet subsister, dans de bonnes conditions, plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les applications industrielles éventuelles sont toujours la motivation essentielle de ces travaux de recherche. Ajoutons enfin que le laboratoire de lIfremer de Brest est le seul en France à utiliser actuellement ces techniques de fermentation en continu comme outil détude de la physiologie des hyperthermophiles.
Le génie génétique traque les minuscules coupables de laltération du saumon fumé Les microbiologistes ont maintenant des moyens supplémentaires pour détecter des populations bactériennes, destimer leur abondance ou de suivre leur évolution dans des produits alimentaires, grâce aux outils de la génétique. Lexemple présenté ici est celui de laltération du saumon fumé emballé, commercialisé en grandes surfaces. Une fois expérimentée sur le saumon, cette technique pourra sappliquer à une large gamme de produits marins. Le produit étudié est un saumon fumé, tranché et mis sous vide dans des barquettes qui sont conservées en rayon à 4°C. La méthode traditionnelle danalyse des bactéries consiste à broyer le poisson, diluer ce broyat et létaler sur des boîtes de Pétri contenant un milieu nutritif. Lincubation dure cinq jours à 15°C. On identifie ensuite les bactéries qui sy sont développées. Le problème réside dans le fait que se développe, à ce moment-là, uniquement une catégorie de bactéries pour lesquelles ces conditions sont favorables, température, oxygène, etc, pas forcément celles qui étaient dominantes et/ou les plus actives dans léchantillon initial ! Le résultat obtenu pourrait donc être fortement biaisé. La nouvelle approche des chercheurs de lIfremer-Brest utilise la biologie moléculaire qui permet didentifier les bactéries directement à partir de linformation génétique contenue dans léchantillon. Lavantage est que cette approche ne nécessite aucune connaissance préalable des conditions de développement des bactéries présentes dans léchantillon. La technique consiste à extraire lADN total du saumon fumé broyé. Puis de récupérer seulement lADN des bactéries en lidentifiant à laide dun gène commun à toutes les bactéries (encore une fois le gène codant pour la petite sous-unité de lARN ribosomique). Lanalyse de ces gènes comportant différentes "signatures" propres à chaque type bactérien permettra ensuite didentifier celles qui sont présentes dans léchantillon. Après examen de plusieurs échantillons de saumon fumé prélevés à différentes périodes de stockage, il est ensuite possible de mettre en relation le développement de certaines espèces bactériennes et la variation de la qualité sensorielle du produit, le goût, lodeur, la texture, déterminée par le groupe danalyses sensorielles de lIfremer-Nantes. Une autre application importante de ce type dapproche génétique est la mise au point de sondes qui vont reconnaître spécifiquement le matériel génétique des populations bactériennes identifiées. La fluorescence émise par ces sondes va permettre "dallumer" les populations recherchées et de les distinguer ainsi lors de lobservation directe de broyat de saumon fumé au microscope. Cette voie de recherche nouvelle est extrêmement prometteuse et va faire lobjet, prochainement, dune publication scientifique de lIfremer.
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