Les coquillages et les huîtres en particulier issus des gisements naturels
étaient déjà fort appréciés des empereurs romains qui les faisaient venir
de contrées lointaines pour leur plus grand plaisir gustatif. Cambry, quant à
lui, en 1794 dans son ouvrage intitulé " Voyage en Finistère "
décrit le territoire du Bélon comme un petit paradis terrestre et observe que
les femmes détachent des huîtres des rochers qui sont, dit-il, les plus
grandes et les meilleures d'Europe.
Nourriture habituelle des populations littorales, ces gisements naturels
d'huîtres plates, Ostrea edulis, ont été soumis au cours du temps à une
surexploitation qui ont conduit progressivement à leur appauvrissement. Ce
constat a contraint les autorités administratives dès 1750 à interdire le
dragage des huîtres pendant la période de reproduction sur le littoral
français.
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En 1852, donnant suite à un rapport alarmiste du ministère de l'agriculture
et du commerce relatif à la chute de la production des gisements naturels
d'huîtres, Napoléon III fit nommer Victor Coste à la tête d'une mission
chargée d'aller voir et de comparer les méthodes utilisées pour le captage et
l'élevage des huîtres sur les côtes de France et d'Italie. Peu connu au sein
du monde maritime, Victor Coste allait devenir au XIXème siècle le père
fondateur de l'ostréiculture moderne et contribuer à la renommée des huîtres
plates du Bélon, coquillage emblématique qui continue à forger l'image de
marque de ce territoire finistérien. |
Suite aux expérimentations de Coste un décret de 1857 autorise et
réglemente l'installation des dépôts d'huîtres dans la rivière du Bélon,
en veillant déjà à éviter les conflits d'usage. En effet, ce décret
prévoyait de maintenir l'accessibilité des bancs de sable aux agriculteurs qui
utilisait ce matériau pour amender leurs terres.
En 1864, Auguste de Solminihac et Hippolyte de Mauduit créent le premier
établissement ostréicole de l'estuaire et obtiennent en 1875 la première
mention honorable et la médaille d'or et d'argent au concours régional de
Vannes. A partir de cette période, les demandes de concessions vont se
succéder de la part des familles Cadoret, Gestalin-Thaëron, Thieblement-Colson,
Boulic et Mahé pour atteindre une superficie de 30 hectares en 1972 et
générer sur ce site une activité économique florissante qui représente
encore à ce jour un poids socio-économique incontestable à l'échelle locale.
En effet, la commercialisation annuelle d'environ 8300 T de coquillages génère
sur le site près de 120 emplois à temps plein et plus de 500 emplois
saisonniers.
Tournée initialement vers l'élevage exclusif de l'huître plate cultivée
à plat, les professionnels de la filière conchylicole s'engage dans la culture
de l'huître creuse portugaise, Crassostrea angulata, dans les années 1920 en
raison des fortes mortalités de l'espèce autochtone. Assurant la prospérité
des paysans de la mer, les huîtres portugaises sont à leur tour sujettent à
des épizooties virales dévastatrices à la fin des années soixante, induites
vraisemblablement par l'augmentation de la production et le transfert de
coquillages infectés. Il s'agit d'une part d'un virus responsable de la "
maladie des branchies " ou virose nécrotique qui perturbe le
fonctionnement normal des branchies et des palpes labiaux (mortalité du cheptel
d'environ 40%). En 1970 d'autre part, l'observation des huîtres montre une
atrophie du muscle adducteur ainsi qu'un amaigrissement du " poisson "
dus à un virus qui allait décimer, quelques années plus tard, les stocks
ayant résisté à la " maladie des branchies ".
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Introduite en 1966 par quelques pionners de la profession, l'huître
japonaise (Crassostrea gigas) offre une résistance à cette épizootie. Face à
ce constat et contribuer à la pérennité d'une profession menacée, des
importations massives de cette espèce en provenance du Canada sont initiées
pour assurer le repeuplement des zones conchylicoles françaises. Cette espèce
continue, plus de trente ans plus tard, à faire vivre la filière ostréicole
locale et à dynamiser ce territoire maritime. |
Parallèlement à cette introduction, un protozoaire du genre Martelia "
Martelia perfringens " est identifié comme l'agent pathogène, responsable
de l'épizootie de l'huître plate, communément appelée " maladie de la
glande digestive ". Débutées en 1968 dans les régions de Marennes,
Cancale et Arcachon, les mortalités gagnent progressivement tous les centres
d'élevage breton en 1975.
En 1979, un nouveau parasite, " Bonamia ostreae ", s'attaque aux
cellules sanguines des animaux adulte et anéanti la production nationale. De
nos jours, seuls deux sites significatifs de captage d'huîtres plates perdurent
en Bretagne (Baie de Quiberon et Rade de Brest), les zones de production se
situant en baies de Quiberon et de Cancale. Récemment un semis expérimental de
35 tonnes d'huîtres plates de 18 mois a été réalisé en rivière de Pénerf
dans le Morbihan. Le suivi sanitaire du cheptel (24 mois), ne souligne pas pour
l'instant de mortalités anormales. Toutefois cette perspective encourageante
devra être confirmer lors des prochains suivis, les animaux adulte se
révélant habituellement plus sensibles aux parasites incriminés.
A ce jour, L'activité ostréicole du Bélon est assurée par 5 entreprises,
3 structures artisanales de taille modeste qui exploitent au mieux les filières
locale et touristique pour écouler leur production et 2 structures
industrielles de stature nationale qui commercialisent l'essentiel des
coquillages (figure 1) non seulement sur le territoire français mais
également à l'exportation.
| Espèces |
Structures "industrielles"
(tonnage) |
Structures familiales
(tonnage) |
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Huîtres creuses |
2700 T |
50 T |
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Huîtres plates |
450 T |
40 T |
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Coquillages |
1505 T |
10 T |
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Moules |
2695 T |
|
|

Crustacés |
832 T |
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Figure 1 : Tonnage commercialisé par les
entreprises conchylicoles du Bélon
Les professionnels de la conchyliculture utilisent le domaine public maritime
(DPM), propriété de l'Etat, pour l'élevage de leurs coquillages. A ce titre,
pour en avoir l'usage ils doivent en faire la demande auprès de la Direction
Départementale des Affaires Maritimes (DDAM) qui instruit le dossier pour avis
de la commission des cultures marines, composée des représentants de l'Etat et
des professionnels. Ces concessions attribuées généralement pour 30 ans sont
soumises à la perception d'une taxe par l'Etat. Sur le Bélon, les concessions
se situent dans les parties médiane et aval de l'estuaire, représentant une
superficie totale de 29 hectares (carte 1 et figure 2).
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Traditionnellement cultivées à plat, les huîtres
sont actuellement élevées en poche sur table par souci de qualité du
produit, de meilleurs rendements et d'amélioration des conditions de
travail. |
J. Cambry - 2000
Voyage dans le Finistère
Edtions du Layeur - collection grand horizon.
G. Bourhis - 1996
Comment conserver au Bélon sa qualité de ria ostréicole.
Mémoire MST-AMVR, université de Rennes 1, 98 p.
V. Coste - 1993
Voyage d'exploration sur le littoral de la France et de l'Italie.
Musée maritime de la Tremblade, 291 p.
P. Elzière - Papayanni, coordinateur - 1993
Coquillages.
Editeur : Informations Techniques des Services Vétérinaires, 522 p.
L. Marteil - 1979
La conchyliculture française, biologie de l'huître et de la moule.
Rev. Trav. Inst. Pêches Marit.40 (2), p. 149 - 346.
L. Marteil - 1979
La conchyliculture française, l'ostréiculture et la mytiliculture.
Rev. Trav. Inst. Pêches Marit.43 (1), p. 5 - 130.
http://www.ifremer.fr/aquaculture/enseignement/index.htm
http://www.ifremer.fr/drvlgp/fr/programmes/surveillance/ressources.htm
http://www.cnc-france.com
http://www.ostrea.org