Les milieux naturels et les zones humides en particulier ont fait lobjet, au
cours de plusieurs décennies, dun déficit dintérêt qui sest soldé par la
disparition de 50% de ces zones en France en 30 ans, induite par le drainage des
terres, limplantation de boisement ou le comblement. Parallèlement à la
disparition de ces zones naturelles, les associations de protection de la nature
enregistraient une érosion de la biodiversité animale et végétale et alertaient
lopinion publique sur ce constat alarmant.
Une prise de conscience du caractère patrimonial des milieux naturels et de la
diversité du vivant, associée à leur valeur économique non négligeable ont
incité les décideurs à mettre en place un arsenal réglementaire et incitatif
afin de protéger les espèces et les espaces naturels qui les hébergent. Pour
satisfaire à cet objectif, des outils de connaissance, de protection
réglementaire et de gestion du patrimoine naturel ont été créés.
1 - Les outils de connaissance du patrimoine naturel
Un outil national : Linventaire ZNIEFF
Les Zones Naturelles dIntérêt Ecologique, Faunistique et Floristique
(ZNIEFF) ont été recensées en 1982 dans le cadre dun programme initié par le
ministère de lenvironnement. Son objectif affiché était didentifier les
espaces naturels abritant des espèces rares ou menacées, ainsi que les
écosystèmes riches et peu modifiés par lhomme. Bien que non opposable aux tiers
et aux collectivités, ce recensement des zones naturelles doit permettre aux
décideurs de bénéficier dun maximum dinformations, utiles en prévision de
projets daménagement ou de modification de lespace. Cet inventaire distingue
deux types de zone :
- Les ZNIEFF de type 1, caractérisées par leur intérêt biologique
remarquable, doivent faire lobjet dune attention particulière lors de
lélaboration de tout projet daménagement (ex : Aber Benoît, Pointe de
Mousterlin).
- Les ZNIEFF de type 2 qui sont de grands ensembles naturels riches et peu
modifiés aux potentialités biologiques importantes. Bien que moins fragiles
que les zones de type 1, la prise en compte de ces zones dans les programmes
de développement doit être effective (ex : Iles Glénan, Pointe de Trévignon).
Un outil européen : le réseau NATURA 2000
La directive européenne du 6 avril 1979 (Directive « Oiseaux ») concernant la
conservation des oiseaux sauvages a pour objet de protéger les habitats
permettant dassurer la survie et la reproduction de 175 espèces doiseaux
sauvages rares ou menacées. Sur la base dun recensement des Zones dIntérêt
Communautaire pour les Oiseaux (ZICO), réalisé par le Muséum National dHistoire
Naturelle (MNHN) et de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), la France a
notifié à lEurope sa liste nationale des Zones de Protection Spéciale (ZPS).
La directive européenne pour la conservation des habitats naturels de la
faune et de la flore a été adoptée le 21 mai 1992 (Directive « Habitats »).
Cette directive comprend une liste des types dhabitats naturels, despèces
végétales et animales dont la conservation est dintérêt communautaire. Chaque
Etat membre en dresse un inventaire et après une procédure de concertation aux
échelons local, national et européen, les sites retenus sont désignés comme
Zones Spéciales de Conservation (ZSC).
Le réseau européen NATURA 2000 est constitué par lagrégation de ces deux
directives, associant les zones de protection spéciales dune part et les zones
spéciales de conservation dautre part. Outil de connaissances, le réseau NATURA
2000 nen demeure pas moins un outil de gestion grâce à lélaboration dun
document dobjectifs (DOCOB). Ce document, validé par un comité de pilotage mis
en place par le préfet pour chaque site, est décliné en 3 étapes :
- Etape 1 : Elaborer un diagnostic du site NATURA 2000
- Etape 2 : Identifier les enjeux et les Objectifs
- Etape 3 : Mettre en place un plan dactions
La convention de RAMSAR
En 1965, LUnion Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)
publie une liste des zones humides dimportance internationale, approuvée en
1971 par la convention de Ramsar (Iran). Cette dernière a pour ambition
denrayer la disparition des zones humides terrestres ou côtières et
corrélativement la flore et la faune qui leur sont associées (ex : Golfe du
Morbihan, Baie du Mont St Michel).
Réserve de biospère
En 1970, le programme « Man and Biosphere », qui visait à définir les bases
scientifiques de lutilisation rationnelle et de la conservation des ressources
naturelles, était le prélude à la création dun réseau mondial de réserves
biologiques ( ex : Ouessant Molène) dont les objectifs affichés sont de :
- Participer à la conservation des ressources génétiques, des écosystèmes et
de la biodiversité
- Constituer un réseau international de zones naturelles pour les activités
de recherches et de surveillances
- Associer protection de lenvironnement et mise en valeur des ressources du
territoire.
2 - Les outils de protection réglementaire
Les parcs nationaux
Les parcs nationaux ont été institués par la loi du 22 juillet 1960 pour
assurer une protection stricte de vastes ensembles naturels. Géré par un
établissement public, il assure des missions détudes scientifiques, de police
et danimation.
Les réserves naturelles
Les réserves naturelles créées par la loi du 2 mai 1930 puis confortées par
celle du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, voient leurs
objectifs clairement énumérés :
- Préservation despèces animales ou végétales et dhabitats en voie de
disparition
- Reconstitution de populations animales et végétales et de leurs habitats
- Conservation des jardins botaniques et arboretum remarquables
- Préservations de biotopes et de formations géologiques remarquables
- Préservation ou constitution détapes sur les voies de migration de la
faune sauvage
- Etudes scientifiques et techniques indispensables au développement des
connaissances
- Préservation des sites présentant un intérêt particulier pour létude de
lévolution de la vie et des premières activités humaines.
La création dune réserve naturelle (ex : réserve naturelle de St Nicolas
les Glénan) se fait à linitiative de lEtat qui le plus souvent délègue la
gestion ( réalisation des inventaires, protection et restauration des milieux,
accueil et animation) à une association de protection de la nature.
Les arrêtés de biotope
La procédure darrêté de biotope a été instauré par le décret n°77-1295 du 25
novembre 1977, pris en application de la loi sur la protection de la nature du
10 juillet 1976 qui vise à :
- Préserver les biotopes (marais, mares, haies, landes, dunes,
)nécessaires
à la survie des espèces protégées
- Protéger les mileux à lencontre des activités pouvant porter atteintes à
léquilibre biologique (écobuage, destruction des talus,
).
Les sites classés et inscrits
Les sites classés relèvent de la loi du 2 mai 1930 et ont pour objet leur
conservation en létat. Ils ne peuvent être détruits ni modifiés. A lopposé,
dans le cadre des sites inscrits, lévolution de laménagement peut se produire
tout en étant soumis à des contraintes fortes en matières architecturale et
paysagère.
La loi « Littoral »
Le littoral , à linterface entre la terre et la mer, a de tous temps été un
lieu très convoité et source importante de conflit dusages (tourisme,
urbanisation, activités professionnelles, écosystèmes,
). Face aux enjeux
majeurs que représentent cet espace côtier, la loi du 3 janvier 1986, dite loi «
Littoral » a été votée pour mener une politique spécifique daménagement, de
protection et de mise en valeur de ce territoire. Cette loi comprend des
dispositions relatives à la protection du littoral vis à vis de lurbanisation,
à sa mise en valeur ainsi quà une meilleure insertion des activités sexerçant
en relation avec la mer.
3 - Les outils de protection foncière
Laction du Conservatoire de lespace littoral et des rivages lacustres
Le Conservatoire du littoral est un établissement public créé par la loi du
10 juillet 1975 et mène en Métropole et en Outre-mer une politique foncière
visant à la protection des espaces naturels et des paysages sur les rivages
maritimes et lacustres dune superficie égale ou supérieure à 1000 ha. Pour
accomplir sa mission, le conservatoire procède à lacquisition des sites à
protéger, à lamiable, par préemption voire par expropriation et est habilité à
recevoir des dons et legs.
Après une éventuelle réhabilitation des sites, ceux-ci sont confiés aux
collectivités ou aux associations pour en assurer la gestion dans le respect des
orientations arrêtées (diversité biologique, accueil du public,
). Au 1er
juillet 2004, le conservatoire du littoral assurait la protection de 70500
hectares représentant environ 860 kilomètres de rivages maritimes.
Laction des Départements
La notion despaces naturels sensibles a été introduit dans le code de
lurbanisme qui stipule « quafin de préserver la qualité des sites, des
paysages et des milieux naturels, le Département est compétent pour élaborer et
mettre en uvre une politique de protection, de gestion et douverture au public
des espaces naturels sensibles, boisés ou non ». Les dispositions de la loi du
18 juillet 1985 permettent au Conseil Général dinstituer une Taxe
Départementale des Espaces Naturels Sensibles et de disposer ainsi de moyens
financiers pour satisfaire aux exigences daménagement et dentretien de ces
sites.
Laction des communes
Les zones naturelles à protéger, en raison dune part de lexistence de
risques ou de nuisances et dautre part de la qualité des sites, des milieux
naturels et des paysages, peuvent être intégrées dans le Plan Local dUrbanisme
(PLU), document qui sest substitué au Plan dOccupation des Sols (POS) à la
suite de la promulgation de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la
Solidarité et au Renouvellement Urbain (loi SRU). Cet outil de gestion
territoriale implique de la part des acteurs locaux, dinitier de nouvelles
démarches pour élaborer les documents durbanisme dans le respect des principes
qui sont au cur de la loi : le développement durable, la prééminence du projet
sur le normatif, la concertation,
).
Les outils de gestion du patrimoine naturel
Les réserves associatives
Ces réserves sont espaces naturels où une association établit une convention
avec un propriétaire (particulier, collectivité, Etat) dans la perspective de
mener à bien toutes les actions nécessaires à la préservation des milieux.
Fréquemment, le site fait lobjet dune protection renforcée par lapplication
dun arrêté de biotope.
Les acquisitions de la fondation nationale pour les habitats de la faune
sauvage
Cette fondation acquiert des espaces naturels dans un triple objectifs de
protection, de gestion et dinformation. Ces missions sont assurées par les
fédérations départementales de chasseurs en collaboration avec les collectivités
locales.
Le Parc Naturel Régional
Les parcs naturels régionaux, institués par un décret du 1er mars 1967 puis
concrétisés par les lois du 7 juillet et du 12 juillet 1983, ont été créés pour
protéger et mettre en valeur de grands espaces ruraux habités (ex : Parc Naturel
Régional dArmorique dans le Finistère). Ces parcs naturels sinscrivent dans
une logique de développement durable du territoire en privilégiant la
concertation pour aboutir à des objectifs partagés affichés dans leur charte.
La protection du patrimoine naturel du Belon

Carte 1 : Inventaire des zones naturelles protégées sur le bassin
versant du Bélon.
Sur le bassin versant du Bélon, seuls lestuaire et ses rives bénéficient
dune protection en raison du caractère patrimonial et paysager de cet espace
littoral (carte 1). En effet, un certain nombre despèces animales (Tadorne du
Belon,
) et végétales (Asphodèle dArrondeau,
) présentes sur le site ont fait
lobjet dune inscription sur les listes nationale ou régionale des espèces
protégées.
Outre la protection des espèces, la législation privilégie la protection des
espaces et des habitats, mesure indispensable à la conservation des espèces.
Bien que lestuaire bénéficie dune richesse faunistique et floristique
importante, ce milieu na fait lobjet daucun inventaire à léchelle nationale
(ZNIEFF,
) voire européenne (NATURA 2000). Les seules protections identifiées
font appel aux outils de protection foncière qui intéressent préférentiellement
le Conseil Général du Finistère et le Conservatoire National du Littoral et des
Rivages Lacustres (tableau 1).
|
Organismes |
Type de protection |
Superficie (ha) |
|
Conseil Général du Finistère |
Acquisition des espaces naturels sensibles |
22,7 |
|
Conservatoire du Littoral |
Acquisition de propriétés |
116 |
|
Conservatoire du Littoral |
Périmètre dintervention |
311,8 |
|
Ministère de lEnvironnement |
Site inscrit |
1080 |
Groupe dEtudes des Invertébrés Armoricains 2004
Les invertébrés continentaux de Bretagne
Editeurs, Biotope, 152 p.
Association pour la découverte du monde sous-marin 2001
La vie sous-marine en Bretagne
Editions Biotope, 184 p.
Fustec.E., LEFEUVRE JC. et Coll. 2000
Fonctions et valeurs des zones humides
Editions Dunod, environnement.
Région Bretagne & Préfecture de région 1997
Patrimoine naturel de Bretagne, curieux de nature
Editions Ouest France.
http://www.natura2000.environnement.gouv.fr
http://inpn/mnhn.fr/
http://www.ifremer.fr/mesh-malo/
http://europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/I28076.htm
http://www.bretagne.environnement.org
http://www.lpo.fr