La conchyliculture et la production d'huîtres en particulier, activité emblématique de l'estuaire du Bélon, contribuent au rayonnement de ce territoire bien au-delà des frontières communales. La commercialisation de 8300 tonnes/an de coquillages génère près de 120 emplois temps plein et plus de 500 emplois saisonniers ce qui, au plan local, représente un poids socio-économique incontestable. En outre, la pêche récréative offre un attrait touristique indéniable puisque l'on recense de 200 à plus de 400 pêcheurs à pied présents sur le site lors des marées de vives eaux. Classée en zone de salubrité B par la réglementation sanitaire nationale, la zone conchylicole de l'estuaire est sujette, de manière conjoncturelle, à des pics de contamination fécale qui peuvent engendrer des risques de toxi-infections alimentaires chez le consommateur et des risques socio-économiques chez les professionnels de la filière ostréicole en raison des fermetures temporaires qu'ils induisent et de la médiocre image de marque qu'ils véhiculent. Dans ce contexte, et compte-tenu de la perspective d'évolution de la réglementation plus draconienne, l'IFREMER a été sollicité en 2003 pour intégrer le projet Cycleau sur la problématique de la restauration de la qualité des eaux estuariennes. Les réseaux de surveillance de la qualité des eaux douces et
marines du bassin versant littoral du Bélon (carte 1) sont assurés par les
acteurs institutionnels, Direction Départementale des Affaires Sanitaires et
Sociales (DDASS), l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la
Mer (IFREMER), Direction Départementale de l'Equipement (DDE). Ces organismes
obéissent à des logiques spécifiques, qu'elles soient d'ordre sanitaire ou
patrimonial. Ils répondent ainsi à une préoccupation en matière de
protection de la santé publique, induite par des textes réglementaires
(qualité des eaux de baignades, des eaux conchylicoles), ou s'attachent à
suivre l'évolution spatio-temporelle de l'état de santé du milieu aquatique
à l'échelle régionale (Réseau Estuaire).
Ces réseaux se sont constitués et surimposés les uns aux autres en fonction des usages de l'eau. Ainsi, en l'absence de prise d'eau potable sur le réseau hydrographique, aucun réseau de surveillance de la qualité des eaux douces n'a été initié sur le bassin versant, ce qui contribue au déficit d'informations sur les zones amont de ce dernier. Cette insuffisance spatiale de suivi souligne indéniablement une déficience dans la prise en compte de la gestion intégrée de l'eau sur le bassin versant qui repose sur une approche globale du territoire concerné, afin de mieux cerner les enjeux liés à la ressource en eau et de mieux appréhender, non seulement les origines mais aussi les flux conduisant à la dégradation de cette ressource naturelle. Comme le souligne D'ORNELLAS 1998 : " Chaque fois que la ressource en eau est gérée en fonction d'un seul usage, c'est sa pérennité qui est menacée ". La réflexion sur la gestion intégrée doit donc refléter une volonté commune de gérer le patrimoine hydrique pour satisfaire l'ensemble des usages dans le présent sans occulter la perspective du développement durable du territoire.
Ce réseau d'évaluation des apports impose une réflexion sur le positionnement des points de prélèvement, sur les paramètres à prendre en compte et sur les fréquences de leur mesure, tous les éléments qui concourent à la mise en place d'un réseau pertinent qui réponde à une triple fonctionnalité : satisfaire à la logique spatiale du bassin versant, répondre à une demande d'aide à la décision et communiquer avec les acteurs et les usagers de l'eau. Face aux enjeux du territoire, cette logique devra, tout particulièrement, prendre en considération les éléments suivants : - La nécessité d'une densité de stations de prélèvement
suffisante qui tienne compte des rejets ponctuels directs et des sous-bassins
versants, reflets des rejets diffus de l'activité agricole.
Dans le cadre du projet européen Cycleau, nous avons adopté
cette démarche au cours de cette première année d'étude et élaboré un
réseau de mesures dans l'eau (concentration et débit) qui tienne compte des
rejets des stations d'épuration d'une part et des rejets diffus sur les sous
bassins versants d'autre part afin de bénéficier d'une image synthétique de
la contamination du territoire étudié (Carte 2).
La recherche de l'origine et de la hiérarchisation des flux
microbiens est complétée par une évaluation de leurs impacts sur la
production conchylicole (Carte 3). Bien qu'essentiellement ostréicole, nous
avons retenu les moules (Mytilus edulis) comme coquillages de référence en
raison de sa moindre variabilité individuelle et de sa faculté à mieux
intégrer les contaminations bactériennes. Toutefois, pour ne pas occulter la
réalité de la production locale, nous avons choisi de positionner
parallèlement des poches d'huîtres (Crassostrea gigas) aux points amont de
l'estuaire à titre comparatif. Après une analyse des résultats obtenus à
l'issue de la première année, la stratégie d'échantillonnage pourra évoluer
en 2005, afin de tenir compte des enseignements obtenus.
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