Zones Economiques Exclusives
Extension au-delà des 200 milles
L'extension des zones économiques au-delà des 200
milles (et jusqu'à 350 milles par rapport aux lignes de base), prévue
dans l'Article 76 de la Convention sur le Droit de la Mer, concerne la
majorité des pays possédant une façade maritime. La France, avec une
ZEE de plus de 11 millions de km2 (second rang mondial), est
naturellement concernée par cette potentialité.
L'Ifremer, qui a joué jusqu'à présent un rôle
significatif dans l'exploration des ZEE françaises (métropole,
Nouvelle-Calédonie, Polynésie française), se devait de prendre en
compte ce problème d'extensions.
Une des premières zones concernées se situe à
l'ouest de la Mer d'Iroise et intéresse à la fois la France, le Royaume
Uni, l'Irlande ainsi que l'Espagne. Suite à un ensemble de contacts qui
ont eu lieu courant 2001, deux réunions se sont tenues entre Ifremer/DRO-GM,
le Shom et les représentants des deux premiers pays. Ces
travaux devraient également concerner l'Espagne dans le courant de 2002.
Par-delà ces concertations en cours se pose le
problème des travaux à la mer qu'il sera, au plan national, nécessaire
de réaliser à terme en vue du dépôt des dossiers de demande
d'extension auprès de l'ONU (on rappelle que la date limite de dépôt a
été reportée de 2006 à 2009). Ces travaux devraient au premier chef
porter sur la collecte de données bathymétriques et sismiques permettant
d'argumenter quant à une extension ; ils devraient également
prendre en compte la nécessité de mieux connaître les ressources
énergétiques potentielles de notre domaine maritime, l'offshore
pétrolier profond constituant en effet un des enjeux pour l'avenir.
La perspective d'avoir à déposer ces dossiers a,
depuis deux ans, motivé plusieurs réunions au niveau interministériel.
La dernière en date (octobre 2001) a, entre autres, permis de confirmer
les zones prioritaires, en même temps qu'elle reconnaissait le besoin de
mettre rapidement en place un Comité Directeur au plan national et de
disposer d'un budget spécifique à la réalisation des objectifs
poursuivis.

ZEE de Polynésie française
Une estimation du potentiel de ressources que
représentent les encroûtements enrichis en cobalt a été réalisée
en concertation avec le BRGM à la demande du Ministère de lIndustrie.
Elle a pour but de fournir des indications d'ordre économique sur le
potentiel de valorisation des encroûtements doxydes et hydroxydes de
manganèse et fer enrichis en cobalt et platine ; ces matériaux
récoltés lors des campagnes NODCO et ZEPOLYF situés dans la ZEE de
Polynésie française ont été étudiés par l'Ifremer depuis deux ans.
Cette évaluation est basée à la fois sur les données de terrain et
les données sur la composition chimique des échantillons fournies par
lIfremer.
La difficulté principale de cet exercice repose
sur le fait quil sagit dune ressource potentielle typiquement
marine et qu'il n'existe pas de modèle minier de référence comparable
à ce que nous pourrions imaginer pour l'exploitation hypothétique
d'encroûtements sous-marins. Les analyses montrent des teneurs
significativement élevées en Co et Pt justifiant une évaluation
préliminaire compte tenu du caractère sensible des deux substances
concernées sur le marché actuel.
Dans létat actuel il faut considérer trois
niveaux :
- La connaissance scientifique du sujet
- La situation des minéralisations
océaniques par rapport aux gisements terrestres
- Lévaluation technico-économique
préliminaire.
* la connaissance scientifique du sujet
Les minéralisations connues sont à considérer
comme des indices sur lesquels les études scientifiques de laboratoire
(chimie, minéralogie et analyses statistiques) et de terrain sont encore
nécessaires pour comprendre les règles de répartition (épaisseurs et
compositions), la continuité des dépôts, ainsi que les facteurs
contrôlant les zones riches.
* La situation des minéralisations océaniques
par rapport aux gisements terrestres
La précipitation doxy-hydroxydes de fer et
manganèse est un phénomène commun par des fonds de profondeurs
variables. Il sagit dun phénomène très lent, un dépôt de moins
de dix centimètres se formerait au cours dune vingtaine de millions dannées.
On trouve ces précipitations sous forme de nodules par les grands fonds
couverts de sédiments. Elles se présentent sous forme dencroûtements
sur les structures volcaniques des fonds marins par des profondeurs
variant de 4000 à 800 m. Ces précipités, nodules ou
encroûtements, présentent des concentrations nickel, cuivre ou cobalt
qui, depuis longtemps ont retenu lattention. Les concentrations en
cobalt (de l'ordre de 1%) et en platine (de l'ordre de 1 g/t) des
encroûtements polymétalliques sous-marins des territoires de la
Polynésie française sont largement supérieures à celles des autres
domaines océaniques (Co = 0,25 % en moyenne dans les nodules).
Les minerais latéritiques terrestres sont aujourdhui
exploités à des teneurs en nickel de 1.5 %. Les travaux sur les
nodules de manganèse avaient conduit à considérer dun intérêt
potentiel économique les champs de nodules présentant des concentrations
équivalentes en nickel de 1.8 % (équivalent " valeur
métal contenu " Ni + Cu). Lindustrie minière a lhabitude
de considérer le cobalt comme 2.5 à 3 "équivalents nickel".
Les encroûtements de Polynésie française présentent ainsi des
concentrations en cobalt exprimées en " équivalent
Ni " supérieures à 2.5 3 %.
Outre l'intérêt académique présenté par ces
encroûtements (comment se forment-ils, pourquoi ces concentrations
élevées en cobalt, enregistrement de la mémoire de locéan au cours
du temps
) lobservation " valeur métal contenu "
présentée ci-dessus et les résultats récents obtenus au cours des
campagnes Zepolyf ont conduit à une réflexion pour tenter didentifier
les paramètres qui conditionnent lappréciation de leur potentiel
économique.

* Lévaluation technico-économique
préliminaire
Le niveau actuel des connaissances des
encroûtements cobaltifères et l'absence de modèle de référence
permettant d'apprécier les aspects économiques d'un projet pionnier, ne
permet pas de réaliser une étude de cible classique. Certains éléments
conduisent néanmoins à cerner la surface dun champ exploitable au
cours dune vingtaine dannées : cette surface serait de lordre
de 100 km2. Cette surface est petite par rapport aux
surfaces sur lesquelles reposent ces encroûtements cobaltifères ;
en conséquence, ce résultat laisse une certaine marge pour localiser un
champ qui remplirait les conditions optima sur plusieurs paramètres. Une
véritable évaluation des potentialités économiques de ces
minéralisations ne pourra être réalisée que lorsque des données de
terrain permettront de préciser les paramètres nécessaires :
contrôles géologiques des zones riches, continuité des dépôts,
rugosité du fond, cohésion encroûtement substrat, variabilité de lépaisseur
des encroûtements.
A ce jour, aucune étude de terrain par submersible
ou ROV na été réalisée sur ce type de dépôts océaniques. Des
projets américains sont en cours autour dHawaï pour une étude par
submersible de cibles choisies afin dacquérir les paramètres de
terrain nécessaires à une réelle évaluation économique. Un projet de
campagne Nautile ou Victor pour effectuer des prélèvements précis ainsi
que pour apprécier les aspects géologiques qui contrôlent la
nature et lextension des zones les plus riches a été discuté au
cours de lannée 2001.
* Géochimie des roches
Au cours de la campagne Zepolyf 2, le grand nombre déchantillons
de roches dragués avec les encroûtements polymétalliques a permis de mettre
en place un programme détude sur leurs caractéristiques géochimiques. Ces
résultats sont présents au paragraphe 3.5.3.

Nodules
En mars 2001, M. Satya Nandan, Secrétaire Général de
l'Autorité internationale des fonds marins dont le siège est à Kingston
(Jamaïque), a réuni les représentants des sept Investisseurs Pionniers
enregistrés, disposant d'un site minier en zone internationale. Cette réunion
fait suite à l'adoption par lO.N.U. en juillet 2000 du code minier qui
prévoit la passation de contrats d'exploration entre l'Autorité et les
Investisseurs Pionniers. L'Ifremer, agissant en tant que garant des intérêts
de l'Etat français, a participé à cette réunion. Le contrat dexploration
comportant entre autre la réalisation dune campagne à la mer dici 2006 a
été signé par lAmbassade de France à la Jamaïque.
Parallèlement, s'est tenue une réunion technique de
validation des données transmises par l'Ifremer à l'Autorité et concernant le
secteur réservé à cette dernière. La validation a permis de lui fournir des
données manquantes ou des explications sur des différences constatées entre
des données du secteur d'origine française et des données fournies par
d'autres Investisseurs Pionniers.
A la demande de la Direction Générale, un programme
pluridisciplinaire comportant un volet "environnement profond" devant
faire l'objet d'une campagne avant fin 2006 a été proposé par DRO/EP et DRO/GM.
Ce programme est partie intégrante du contrat d'exploration.
Pour préparer cette campagne, les anciennes données
(cartes bathymétriques, navigation engin, dépouillement des photos du
fond,
) recueillies au cours des campagnes d'exploration sont en cours
de numérisation pour une intégration, à terme, dans un Système d'Information
Géographique (SIG).
