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"Il
faut bien reconnaître qu'il est tout à fait impossible d'établir une liste
de tous les animaux terrestres. Et bien, par Hercule, dans l'océan aussi
vaste soit-il, il n'existe rien qui nous soit inconnu et, fait vraiment
merveilleux, les choses que la nature a cachées dans les profondeurs nous
sont les plus familières". Et l'auteur de cette affirmation, Pline l'Ancien,
d'établir la "liste complète et définitive de la faune marine"; elle
comprend 176 espèces ! Tirée de Histoires naturelles, Pline l'Ancien (23
av.
J.C. -75).
Or, les estimations
récentes prédisent plus de 10 millions d'espèces dans le domaine océanique
profond. Nous sommes loin des 176 espèces dont parlait Pline !!
L'océan profond est l'environnement le plus étendu de
notre planète et en même temps, l'un des moins étudiés. Il abrite des
habitats immenses tels que les millions de km2
couverts par la plaine
abyssale et les 65,000 km parcourus par les
dorsales
océaniques. Il comprend également des structures géologiques plus
ponctuelles telles que les
sources hydrothermales et les
sources froides qui
supportent des communautés microbiennes et animales uniques.
Les
écosystèmes profonds sont composés d'une mosaïque
complexe d'habitats dont les communautés animales sont soutenues par
différentes sources d'énergie (photosynthétiques versus
chimiosynthétiques). Ils se caractérisent par :
Nos connaissances sur les
écosystèmes situés dans les
profondeurs océaniques sont encore limitées. L'exploration scientifique de
ce milieu est indispensable non seulement pour améliorer notre
compréhension du fonctionnement de ces habitats mais aussi simplement pour
en répertorier et en connaître les habitants.
La pression croissante des activités humaines dans les
grandes profondeurs (exploitation offshore, épaves, enfouissement de
déchets, chalutage) menace l'intégrité des habitats et
préoccupe de plus en plus la communauté internationale. Afin de tenter
de protéger ces écosystèmes, plusieurs autorités internationales,
telle que la convention OSPAR ou la convention des Nations Unies sur
les droits de la mer mentionnent la nécessité de favoriser une protection
privilégiée pour plusieurs habitats profonds vulnérables (coraux d'eau
profonde, monts sous-marins, sources hydrothermales). A terme, la création
d'aires de protection marine (MPA) permettra de superviser la gestion
de ces écosystèmes riches et uniques ainsi que de contribuer à la
protection de leur
biodiversité.
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Les pré-requis de la
Convention sur la Diversité
Biologique renforcent l'importance de notre habileté à observer,
échantillonner, mesurer et expérimenter dans les écosystèmes profonds tout
en privilégiant des approches non-invasives qui permettront de limiter les
menaces à leur fragile biodiversité.
Campagne Caracole, ©Ifremer |
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Nos connaissances limitées des
écosystèmes
marins situés
dans les profondeurs océaniques laissent supposer que le nombre d'espèces y
serait beaucoup plus important que n'importe où sur Terre.
L'utilisation croissante de submersibles pouvant plonger à de grandes
profondeurs au cours des dernières décennies a permis la découverte
d'écosystèmes extrêmement riches, tant sur les
marges
continentales qu'au
niveau des
dorsales océaniques. Ces écosystèmes particuliers sont
reliés à des émissions de fluides réduits (sources froides, sources
hydrothermales), à des structures topographiques spécifiques (monts
sous-marins, monts carbonatés) ou à une arrivée massive de matière organique
(carcasses de baleine, bois coulés).
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Certains de ces habitats supportent une
diversité
spécifique ou une biomasse élevée et représentent un vaste réservoir
d'espèce inconnues qui pourraient devenir des sources de molécules
nouvelles pour l'industrie biotechnologique et pharmaceutique. Ces
écosystèmes sont potentiellement fragiles et vulnérables aux
changements, qu'ils soient engendrés par le climat ou par des
perturbations anthropiques telles que l'enfouissement de déchets, la
pêche profonde ou l'exploitation pétrolière.
Campagne Caracole, ©Ifremer |
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La compréhension du fonctionnement de ces écosystèmes
permettra également de mieux comprendre le cycle du carbone organique dans les
océans et ainsi, le fonctionnement global de la biosphère.
La recherche fondamentale dans les profondeurs océaniques
est extrêmement coûteuse et dépendante des développements
technologiques de la même façon que l'exploration de l'espace. Les
principales contraintes physiques à surpasser sont la pression et l'eau de
mer :
 | une profondeur de 6000 m génère une pression
d'environ 600 bars (600 kg/cm²) |
 | l'eau de mer est enrichie en sels et possède un
potentiel corrosif élevé. |
Des matériaux ultra-résistants et
incompressibles sont utilisés pour contrer la pression alors que pour prévenir
l'oxydation rapide
des structures métalliques, des composés inoxydables tels le titane,
l'acier inoxydable ou des matériaux composites doivent être utilisés.
De plus, la taille réduite des
communautés biologiques étudiées dans ces
écosystèmes extrêmes les rend impossible à étudier avec
l'instrumentation océanographique conventionnelle (chaluts, carottiers)
comme c'est le cas dans les
écosystèmes sédimentaires. Leur étude
requiert l'utilisation de petits
submersibles, capables de travailler et
d'échantillonner à de petites échelles sur le plancher océanique ainsi
que le développement d'une instrumentation autonome pour le suivi à long
terme.
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Le sous marin habité français Nautile, ©Ifremer |
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