Enquête sur l'effort de publication des résultats
des campagnes océano-hauturières

 

I. Introduction

Le décret relatif à la création, à l'organisation et au fonctionnement de l'Ifremer (juin 1984) lui a confié la charge de développer, de construire et de mettre au service de la communauté nationale une flotte océanographique, laquelle comprend l'ensemble des navires, équipements, instruments et véhicules sous-marins gérés par le GIE Genavir.

Cette flotte océanographique est un T.G.E. (très grand équipement) auquel, pour y avoir accès, la communauté scientifique, répond à des appels d'offres dans le cadre d'une programmation annuelle. Les réponses à ces appels d'offres sont évaluées par des experts scientifiques puis interclassées au sein de commissions thématiques.

Des projets de programmation sont ensuite élaborés au sein de la commission flotte et soumis pour avis au comité scientifique de l'Ifremer avant que le Président Directeur Général de l'Institut ne promulgue un calendrier de la flotte.

Avant chaque campagne le chef de mission rédige un dossier de préparation de campagne qui comprend : les travaux prévus, la chronologie des opérations, le personnel scientifique, le matériel mobile embarqué ainsi qu'un certain nombre d'autres informations puis une réunion a lieu entre l'équipe scientifique, la Dmon et Genavir pour établir une fiche d'opération navale décrivant les opérations et les moyens à mettre en oeuvre au cours de la campagne.

Au terme de la campagne un dossier de compte rendu de campagne est rédigé par le chef de mission avec une fiche technique et une fiche d'information de fin de campagne.

L'ensemble de ces procédures est décrit dans un document "guide des opérations navales".

Dans ce guide, il est prévu des procédures pour une évaluation de l'effort de publication des résultats scientifiques des campagnes océanographiques.

Plusieurs enquêtes ont évalué cet effort :

  • la première en 1979 a examiné les résultats des campagnes de 1972 à 1977 : elle a été présentée à un comité scientifique de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique,
       
  • la deuxième en 1980 a examiné les résultats des campagnes de1977 et 1978, elle a été présentés au Ministère de la Recherche (Mission de la Recherche),
        
  • la troisième, dont les résultats ont été présentés au comité scientifique de l'Ifremer de décembre 1984, a examiné les publications issues des campagnes des années 1979 - 1980 et 1981.
       
  • la quatrième a porté sur les années 1982 - 1983 - 1984 et ses résultats ont été présentés au comité scientifique de juin 1989.

 

Dans ses conclusions, ce comité scientifique de 1989 avait considéré que :

 

L'évaluation des résultats des campagnes à la mer fournit un indicateur de la production de l'océanographie française et constitue un élément essentiel pour l'attribution des campagnes.

C'est pourquoi la direction générale, en accord avec le comité scientifique, a demandé que soit mise en place une structure permanente d'évaluation de l’effort de publication des résultats scientifiques des campagnes.

Cet outil devant permettre :

  • d'apprécier l'effort de publication au niveau national,
       
  • de souligner la productivité scientifique plus ou moins grande de certaines campagnes,
       
  • d'attirer l'attention sur la crédibilité forte ou encore limitée de certaines équipes,
       
  • de mettre l'accent sur les points forts et les faiblesses de la recherche océanographique française.

Dans ce cadre, une enquête est faite chaque année auprès des chefs de missions depuis 1988.

 

II. Méthode d'évaluation de la publication des résultats scientifiques des campagnes.

Au cours des campagnes océanographiques, des données, d'ordre diverses, sont acquises, validées et interprétées. Pour faire connaître l'effort scientifique et les résultats, les chercheurs publient leurs travaux dans diverses revues ou les présentent oralement dans des congrès.

 

Ces communication sont d'ordres divers :

  • Publications dans les revues scientifiques (rang A) avec Comité de Lecture § particulièrement en langue anglaise, §
        
  • Publications dans des revues d'audience plus limitée (rang B) et où les articles sont acceptés avec une sélection moins sévère,
       
  • Communications dans des colloques internationaux avec sélection des présentations et publications des actes ou des résumés (CI),
      
  • Communications dans des congrès ou réunions de niveau national à audience plus limitée (CN),
       
  • Publications à caractère synthétique ou interprétatif présentant sous forme de rapport les résultats de la campagne (PR),
       
  • Publications de cartes, de photos, de documents vidéo, de posters (D),
       
  • Articles de vulgarisation dans des revues destinées à un public plus large (exemple La Recherche ...) (AV)
      
  • Publications électroniques sur le réseau internet (Pe),
       
  • Par ailleurs, dans le cadre de la formation à la recherche par la recherche ces données peuvent être en partie exploitées, sous la direction de chercheurs, par des étudiants dans le cadre de DEA, et surtout de thèses.

Il nous faut donc, dans l'enquête, obtenir des informations sur l'ensemble de ces communications, et s'il est important d'en connaître le nombre, il est surtout primordial de connaître le sujet, le nom des auteurs et le titre de la revue ou du colloque.

Comme procédure nous avons retenu les campagnes (sur les navires Ifremer et Ifrtp) dont le projet a fait l'objet d'une évaluation scientifique, c'est-à-dire que les campagnes technologiques et d'essais, les échanges de temps bateau et les campagnes de prestations ont été éliminés, mais les campagnes d'évaluation des ressources halieutiques et d’inventaire de la ZEE donnant lieu à des rapports synthétiques et à des cartes ont été conservées.

Le chef de mission de la campagne est notre interlocuteur et il doit à ce titre nous fournir toutes les informations sur les publications ayant trait au projet dont il était responsable.

Dans le cas particulier d'un projet ayant plusieurs campagnes sous la responsabilité de plusieurs chefs de mission, nous retenons le chef de projet qui a la responsabilité de faire la synthèse des résultats, et l’ensemble des publications est regroupé en une seule campagne.

 

Détail de la procédure.

 

Pour les campagnes ayant eu lieu l'année "n" nous programmons la première enquête au début de l'année "n + 2" c'est à dire avec un délai de 13 et 25 mois (suivant la date de la campagne) puis nous redemandons l'année "n + 3"  une actualisation des publications. Au-delà de ces trois années, il y a toujours la possibilité pour les chefs de missions de nous transmettre de nouvelles valorisations.

Cette enquête comporte trois documents  :

  • une lettre adressée au chef de mission,
      
  • la liste des différents modes de valorisation pour lesquels nous voulons connaître le nombre d’utilisation, ainsi que l’état d’avancement
      
  • enfin le chef de mission doit nous donner la liste des publications et colloques avec les noms d’auteurs ainsi que le nom des étudiants en DEA et thèse utilisant les données recueillies.

 

III. Résultats des deux dernières enquêtes

 

De l’exploitation des résultats correspondants à 254 campagnes. nous obtenons en moyenne par campagne :

1988-1991 1992-1997

Pour la période : 1988-1991 1992-1997
Publications à comité de lecture (rang A)

4,2

4,2

Publications d’audience limitée (rang B)

1,3

1,6

Colloques internationaux (CI)

3,7

5,5

Colloques nationaux (CN)

1,2

1,6

Rapports techniques (RT)

1,1

1,1

DEA (DEA)

0,7

1,5

Thèses (Th)

1,2

1,9

    

Les résultats rapportés sur une année moyenne de la flotte hauturière donnent plus de 500 publications, communications (dont 350 ont un caractère international et 80 correspondent à des DEA ou thèses).

 

Les données des campagnes sont exploitées conjointement par l’équipe embarquée et par des collaborations de chercheurs non embarqués. Le nombre de chercheurs océanographes est d’environ 800, sur lesquels un peu moins de la moitié embarque au rythme d’une campagne tous les deux ans.

 

La composition d’une équipe embarquée est en moyenne de 12 à 15 scientifiques dont 7 à 8 chercheurs et 5 à 7 techniciens de laboratoire. Une publication étant co-signée en moyenne par trois à quatre chercheurs, on peut estimer que le taux de publications des chercheurs océanographes est de deux à trois signatures d’articles par an pour chaque chercheur avec évidemment des variations importantes. Mais on peut toutefois noter pour certaines campagnes que le taux des présentations orales excède de beaucoup les publications écrites.

Depuis quelques années des communications sous forme de " poster " ou sur le réseau internet se sont développées mais elles n’ont pas été prises en compte. Pour être complet nous devons rajouter les publications des campagnes sur les navires de l’IRD ainsi que ceux de la flotte côtière Ifremer et Insu, ce qui porte le total à plus de 700 (dont 400 dans les revues de rang A et colloques internationaux).

 

Au-delà de ces résultats statistiques il faut noter une très grande dispersion des résultats entre les campagnes (de l'ordre d'un rapport de 10 pour les publications entre les meilleures valorisations et les plus faibles), nous avons donc recherché des raisons à ces différences.

 

  • Certaines campagnes font l’objet de publications sur une plus longue période et les chefs de missions ne fournissent pas d’informations au delà de nos deux appels.
       
  • Les campagnes descriptives donnant lieu à des prélèvements d’organismes vivants ou d’échantillons géologiques donnent lieu à de nombreuses publications. 
        
  • A l’opposé les campagnes dont les résultats sont utilisés pour des modélisations, comme celles de sismique multitraces ou d’étude de la circulation océanique, font le plus souvent l’objet d’un moins grand nombre de publications.
       
  • Les campagnes d’évaluation des ressources halieutiques donnent surtout lieu à des rapports techniques adressés au CIEM.

 

 

IV. Comparaison des différentes enquêtes

 

Nous avons recherché entre les six enquêtes des éléments de comparaison. La complexité est due au fait que les différentes enquêtes n’ont pas été conduites avec la même rigueur, en effet les rubriques étaient différentes et surtout pour les plus anciennes, nous n'avons retrouvé que des moyennes (zones en grisé sur le tableau 3).

 

Il y a bien sûr quelques ambiguïtés dans les réponses :

  • certaines des publications comptabilisées étaient lors des réponses en cours de soumissions.
       
  • certains étudiants en DEA et thèses ont pu exploiter les résultats de plusieurs campagnes et de ce fait ils sont comptabilisés plusieurs fois.
       
  • la frontière entre les rangs des publications et le niveau des colloques n’est pas toujours très précise dans les réponses.

 

années

 

audience internationale

audience limitée

thèses
et DEA

 

réponses

publications

colloques

publications

colloques

 

72-77

92

1.4

3.3

0.5

77-78

65

1.5

3.2

0.6

79-81

57

3.4

2.1

2.6

0.7

82-84

91

3.6

2.5

3.4

1.3

88-91

106

4,2

3,7

1,3

1,2

1,2

92-97

144

4.2

5,5

1,6

2,5

3,4

Essai de comparaison entre les six enquêtes

 

De ce tableau on peut tirer quelques enseignements :

  • le taux de communications écrites et orales croît depuis 25 ans,
      
  • le taux de communications écrites et orales d'audience limitée est resté pratiquement constant,
       
  • le taux de communications écrites et orales d'audience internationale a été multiplié par un facteur important,
       
  • les présentations dans les colloques sous forme de communications orales et de posters ont augmenté à chaque enquête,
       
  • l’exploitation des résultats dans le cadre de thèses et de DEA a plus que doublé ces dernières années.

 

Nous proposons pour améliorer les enquêtes et pour être plus proches de la réalité de prolonger les enquêtes au-delà de trois ans.

 

V. Conclusions

 

Comment les résultats de ces enquêtes sont-ils utilisés ?

  • Les données de base (dossier rempli par le chef de mission) sont conservés depuis 1988 et elles servent au sein des commissions thématiques lors des évaluations des demandes de campagnes, elles sont une "mémoire" de la capacité d'un chef de mission ou d'une équipe à valoriser ses campagnes.
       
  • Les données sous forme de moyennes sont transmises à la direction des organismes et présentées à leur comité scientifique, elles permettent de mesurer l'effort scientifique lié à la flotte et de mettre l'accent sur les points forts ou les faiblesses de la recherche océanographique française.
       
  • Ces résultats portés à la connaissance de la communauté scientifique donnent des barèmes de références sur le taux des publications et, à terme, motiveront les équipes.
       
  • Ces données permettent aussi par leur analyse de connaître l'impact international de la communauté française

 

Pour tout commentaire : A.-P. CRESSARD

 

Nota : les campagnes sur les navires de l'IFRTP, ont été prises en compte dans l'enquête à partir de l'année 1993 (première année où les projets ont été soumis aux commissions thématiques de l'Ifremer)

 

Annexe 1

Liste des principales revues avec Comité de Lecture (rang A) citées dans les publications des campagnes à la mer de la période 1992-1997

 

  • Journal of Geophysical Research
  • Comptes rendus de l’Académie des Sciences
  • Deep Sea Research
  • Marine Geology
  • Tectonophysics
  • Oceanologica Acta
  • Earth and Planetary Science Letters
  • Cahiers de biologie Marine
  • EOS
  • Nature
  • Sedimentology
  • Marine Biology
  • Marine Chemistry
  • Marine Ecology
  • Bulletin de la Société Géologique de France
  • Science
  
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21/02/2011

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