La découverte de la galathée yéti 

Interview de Michel Segonzac :

Michel Segonzac et son Kiwa hirsuta
© Ifremer / Jean-Yves Quintin
Michel Segonzac, avec dans ses mains, la galathée yéti

Dans quelles circonstances, cet animal a-t-il été découvert ?

En mars 2005, je suis invité par Robert Vrijenhoek, de Californie, à participer à la campagne de plongées qu'il organise avec le navire de recherche Atlantis pour récolter, avec leur sous-marin Alvin, des espèces hydrothermales dont son équipe étudie la génétique, en les récoltant le long de la dorsale du Pacifique oriental. Un des objectifs, c'est aussi d'explorer, à 38°S (plus de1000 km au sud de l'île de Pâques) un site inconnu. C'est lors d'une plongée à 2300 m de profondeur, que j'aperçois, à travers le hublot du sous-marin, un crustacé blanc, entouré d'une sorte de halo, facilement visible sur le basalte noir. Je demande alors au pilote de récolter cet animal qui ne ressemble à rien de connu. Mais avec mon anglais un peu rural et son ignorance complète du français, je ne sais pas du tout s'il a compris. Certes, ma compagne de plongée, Cindy Van Dover, remarque bien l'intérêt de cet animal, mais elle est trop occupée par l'objectif de sa plongée, qui est de trouver rapidement les colonies de moules qu'elle étudie. A l'arrivée à bord du bateau, juste avant la réunion au cours de laquelle on présente aux collègues le déroulement de la plongée, le pilote me montre, "sur un plateau", l'animal récolté. C'est le choc ! Assurément, l'espèce est nouvelle.

Que représente cette découverte  pour un scientifique ?

L'intérêt est double. D'une part, cette découverte accroît notre connaissance de la biodiversité de notre planète. Certes, c'est peu de chose comparé au nombre élevé d'espèces restant à découvrir, mais celle-ci compte beaucoup. D'autre part, elle est un élément important de la phylogénie du groupe auquel elle appartient. La phylogénie des espèces correspond à la généalogie des humains très à la mode en ce moment. La galathée yéti constitue un maillon important pour la compréhension de l'évolution du groupe auquel elle appartient. D'autres études permettront aux scientifiques de savoir qui est l'ancêtre de qui, actuel ou fossile.

Pourquoi cette découverte a-t-elle déclenchée un engouement médiatique ?

Difficile de comprendre. Le sujet a d'abord été refusé en "brief communication" par les revues Nature et Science. Et dans un premier temps, les journalistes ne semblaient pas intéresser.

Peut-être qu'après une si longue période d'informations catastrophes, les gens ont cherché à fuir le présent en retrouvant le côté fleur bleue d'une peluche d'enfant, symbole d'une sécurité retrouvée... A moins aussi que ce soit le bon travail des journalistes qui ont su montrer au grand public un exemple de recherche qui trouve... un bel animal dans les mare incognita de notre planète, plutôt qu'une improbable vie sur d'autres trop lointaines !"