Crises dystrophiquesLa lagune de Thau est soumise régulièrement en été à des crises anoxiques ("malaïgues" en occitan), dont la cause est liée à leutrophisation et à des conditions météorologiques et environnementales particulières (forte chaleur et absence de vent) (Chapelle et al., 2001; Souchu et al., 1998 a). Les différentes phases dapparition et de développement des " malaïgues " sont résumées sur la figure 34. L'accumulation de matières organiques endogènes (production primaire associée notamment aux macroalgues, biodépôts des élevages conchylicoles) ou exogènes (apports du bassin versant) conduit à accroître la consommation d'oxygène par les bactéries hétérotrophes. Ce phénomène s'amplifie en période estivale du fait de l'accroissement de l'activité métabolique des bactéries. De ce fait, des périodes de désoxygénation voire d'anoxie apparaissent et débouchent sur l'intensification du processus de sulfato-réduction, conduisant à la production d'hydrogène sulfuré. Les eaux peuvent alors prendre une couleur blanche, due à la prolifération de bactéries photosynthétiques sulfo-oxydantes (Chapelle et al., 2001; Souchu et al., 1998 a). L'anoxie et la présence d'hydrogène sulfuré constituent un environnement adverse pour la majorité des espèces de la macrofaune, dont les coquillages exploités qui subissent des mortalités importantes. Depuis 1969, date de la première " malaïgue " recensée, la lagune a été à nouveau touchée en 1975, 1982, 1983, 1990, 1997 et 2003 entraînant des mortalités du cheptel conchylicole variables selon les années (Hamon et al., 2003) (Figure suivante).
Schéma illustrant le départ et la propagation des anoxies à partir du fond. Les zones en gris foncé indiquent labsence doxygène et la présence de sulfures. Les chiffres représentent les réactions dans les secteurs où elles sont effectives : 1 - Minéralisation de la matière organique avec utilisation d'oxygène ; 2 - Minéralisation de la matière organique avec utilisation de sulfates ; 3 - Utilisation d'oxygène par les sulfures (Souchu et al., 1998 a).
Etendue et foyer des principales malaïgues de haut en bas et de gauche à droite en 1982, 1987, 1997 et 2003. Les secteurs blancs représentent létendue maximale des eaux blanches. Les secteurs noirs indiquent les principaux foyers de départ et les zones à forte accumulation dalgues. En 1997, le tonnage de coquillages perdus a été estimé à 3.500 tonnes, soit près d'un tiers de la production annuelle. Malgré une tendance à la décroissance de l'amplitude du phénomène mesurée depuis plusieurs années, une nouvelle crise a touché l'étang lors de l'été 2003. Faisant suite à des conditions météorologiques exceptionnelles (canicule et faibles vents), cette nouvelle malaïgue a conduit à des mortalités considérables au sein du cheptel conchylicole, puisque 5.000 tonnes de coquillages ont été perdues. Quelques secteurs en bordure continentale de l'étang ont été identifiés comme les foyers principaux de démarrage des " malaïgues ". En particulier, le port du Mourre-Blanc, situé à lexutoire du Nègues-Vaques, a été le lieu de départ des deux dernières crises anoxiques. Ce secteur confiné reçoit des apports en sels nutritifs importants du fait du rejet des eaux de lagunage de Mèze-Loupian et des effluents du traitement de 40% de la récolte conchylicole de létang. C'est de plus une zone de forte accumulation de biomasse macrophytique (Chapelle et al., 2001; Souchu et al., 1998 b). Des images du capteur Meris embarqué sur le satellite Envisat et acquises lors du paroxysme du phénomène (après le 15 août) ont permis de confirmer que le secteur évoqué ci dessus était bien le lieu principal de développement du phénomène (Figure suivante).
Images du capteur Meris (couleur de leau) acquises avant, pendant et après le phénomène de malaïgue de 2003. Le foyer de départ et dextension maximum (noté P1 sur les images) correspond au site du Mourre Blanc évoqué dans le texte ci dessus.
|
|
|