Sels nutritifs et chlorophylle-a

Les apports de nutriments à l’étang sont hautement corrélés aux phases de crues et maximaux durant la première onde. Ils sont majoritairement entraînés sous forme particulaire liés aux matières en suspension pour le phosphore,  et sous forme dissoute pour l’azote (Plus, 2001). Un suivi mensuel des concentrations en nutriments effectué au cours de l'année 1998 montre que les concentrations en sels nutritifs présentent une forte amplitude et ne sont pas homogènes sur la lagune (Figure suivante).

Les concentrations en phosphates (SRP[1]) dans la lagune, varient dans une gamme comprise entre 0,04 et 1,2 µmole/L. Elles sont minimales et proches des concentrations des eaux marines en hiver et sont maximales en été du fait du flux sédimentaire (La Jeunesse, 2001). Les phosphates stockés dans les sédiments peuvent en effet être relargués en quantité importante dans des conditions réductrices, lorsque la température de l'eau augmente. Ce phénomène de relargage est favorisé dans les zones profondes  de l’étang (>8m) par la formation d’une stratification thermique qui limite les échanges gazeux entre les eaux de surface et celles de fond (Souchu et al., 1998 b).

Distribution des teneurs en Azote total, nitrate, NID, Phosphore total, SRP et en chlorophylle-a de septembre 1998 à septembre 1999 aux points TE et TW
(S surface et F fond) (d'après Ifremer-Créocéan-UMII, 2000).

Malgré une diminution de 90% des concentrations moyennes en phosphates de 1971 à 1994, les études montrent jusqu'à présent que le facteur limitant la production primaire est l'azote (Picot et al., 1990 ; Mazouni et al., 1996; Casellas et al., 1990) (Figure 23). 

Évolution mensuelle des concentrations de phosphates dans la lagune de Thau de 1975 à 1994. Les grandes crises anoxiques sont indiquées par des astérisques
(d’après Souchu et al.,1998 b).

Dans l'étang de Thau, les concentrations en composés azotés subissent de fortes variations annuelles., Les concentrations sont maximales l’hiver en raison des apports du bassin versant en nitrates et ammonium. L’été, en revanche la consommation par le phytoplancton et les macroalgues fait fortement chuter les concentrations en NID[2].

L’enrichissement en éléments nutritifs des eaux, qui trouve son origine dans les apports des bassins versants et qui peut être relayée par la minéralisation à l’interface eau-sédiment, conduit généralement à un accroissement de la production primaire globale de l'écosystème. Ainsi, la teneur annuelle en chlorophylle-a, en moyenne de 2 µg/L, montre un maximum en été (jusqu'à 5 µg/L) auquel se surimposent des pics lors de fortes précipitations. Pendant la période estivale, les flux benthiques de nutriments (NID, SRP) permettent en effet une production régénérée de phytoplancton, particulièrement importante dans les secteurs profonds et les zones d’élevage conchylicole (Casellas et al., 1990).


[1] SRP : phosphore réactif soluble correspondant aux formes dissoutes du phosphore

[2] NID : Azote Inorganique Dissous