| Une malaïgue est une crise anoxique liée à l'eutrophisation résultant de conditions météorologiques et environnementales particulières. Les processus impliqués dans ce type de crise sont les suivants : Processus générauxEn milieu marin, la quantité maximale doxygène physiquement dissoute dans leau de mer (appelée «saturation » ou solubilité ) est fonction de la température et de la salinité. De lhiver à lété, laugmentation de température induit un abaissement de la saturation en oxygène de près de 30 %, diminuant dautant loxygène disponible pour la respiration des êtres vivants dans leau de mer. Dans les eaux du bassin de Thau, les pourcentages doxygène par rapport à la saturation varient en moyenne de 80 à 120 %. En particulier, la période estivale peut être marquée par dimportantes sous-saturations (% SatO2 < 100) dues à laugmentation de la température qui agit doublement : en diminuant les possibilités physiques de dissolution de loxygène atmosphérique dans leau, mais aussi en accélérant le métabolisme et donc la consommation en oxygène des organismes vivant dans lécosystème. La période estivale se traduit notamment par la respiration accrue des élevages dhuîtres et la stimulation des bactéries de la minéralisation. La matière organique résultant de la mort des organismes (plancton, organismes benthiques, biodépôts, déchets conchylicoles, etc...) doit être recyclée : cest le processus de minéralisation. Cette matière organique à dégrader est principalement minéralisée dans la partie supérieure des sédiments (quelques dizaines de centimètres) par des bactéries hétérotrophes. Loxygène dissous est réduit en premier. Après son épuisement, d'autres oxydants sont utilisés comme les oxydes de manganèse, les oxydes de fer, les nitrates et enfin les sulfates. Dans les sédiments côtiers riches en matières organiques, comme cest le cas à Thau, la demande en oxydants est forte et les sulfates sont souvent utilisés par les bactéries sulfato-réductrices dès les premiers millimètres produisant des sulfures. Les sulfures présentant les formes S2-, HS- et H2S, réagissent en partie avec loxygène dissous lors de leur diffusion dans la zone aérobie. Le retour des sulfures à la forme sulfate dans les couches superficielles oxiques constitue une demande chimique en oxygène pouvant conduire à son épuisement total dans la colonne deau en été. A ce stade, les sulfures diffusent dans latmosphère et dégagent une odeur nauséabonde. Le cas des malaïgues de bordure à ThauLe bassin de Thau est alimenté en eaux douces par un chevelu de petits cours deau qui ne coulent véritablement quen période de pluie, à lexception de la Vène. Les ruisseaux recevant notamment les eaux de lagunages entretiennent des écoulements faibles mais riches en sels nutritifs qui restent confinés sur les bords. Les effluents conchylicoles liquides viennent localement sajouter à cet enrichissement des eaux de bordure en sels nutritifs. Les conditions sont donc favorables au développement dalgues opportunistes (Ulvaceae) qui séquestrent les nutriments en bordure de bassin (figure A).
Les fonds peu profonds qui caractérisent les eaux du secteur Ouest reçoivent assez dénergie lumineuse pour permettre létablissement de communautés macrophytiques (algues et phanérogames ou herbiers) à partir des bords jusque dans les zones conchylicoles. En labsence de forts vents de Nord-Ouest qui contribuent à la dissémination des effluents vers le large, les algues peuvent saccumuler sur plusieurs dizaines de centimètres limitant ainsi les apports doxygène au sédiment. En période estivale, la base des tapis dalgues devient anoxique et libère des quantités importantes de sulfures (figure B).
Si la diffusion doxygène dissous de latmosphère et la photosynthèse deviennent insuffisantes pour alimenter la demande en oxygène, la couche de fond anoxique riche en sulfures sépaissit (figure C) et peut atteindre les élevages dhuîtres et de moules en suspension (figure D).
Lempoisonnement et la mort des bivalves et de leurs épibiontes (algues, éponges, ascidies etc...) sensibles aux sulfures, entraînent une demande biologique en oxygène suffisante pour contribuer à lextension de la couche anoxique à lensemble de la colonne deau. Dans les lagunes du Languedoc-Roussillon où les marées sont faibles, la réoxygénation de la colonne deau (et par conséquent larrêt de la malaïgue) se fait grâce au vent qui constitue le principal facteur de refroidissement et de brassage des eaux. Il favorise les échanges avec latmosphère et peut, lorsquil est suffisamment important, assurer le retour vers la saturation des eaux en oxygène. |
|
|