Le Réseau National d’Observation de la qualité du milieu marin (RNO) est un réseau de suivi national, créé en 1974, et mené tout au long des côtes françaises. Il est financé par le Ministère chargé de l’Environnement, et coordonné par L’Ifremer. Il repose sur la réalisation de prélèvements et d’analyses dans l’eau (nutriments), les sédiments et la matière vivante (contaminants chimiques).

Dans le cadre du RNO, 10 groupes de contaminants sont analysés régulièrement dans les coquillages utilisés comme indicateurs de la qualité du milieu :

5 métaux parmi ceux qui peuvent être préoccupants pour l’environnement (le plomb Pb, le cadmium Cd, le mercure Hg, le cuivre Cu et le zinc Zn)

4 familles de polluants organiques à la fois toxiques et rémanents (i.e. à longue durée de vie dans l’environnement) : famille des PCB (8 congénères), lindane et dérivés, DDT et dérivés, et 16 hydrocarbures polycycliques

 

Moulières de Moulard
(Ifremer/LERN)

En ce qui concerne la matière vivante, les analyses de contaminants chimiques sont réalisées actuellement dans des huîtres et des moules 2 fois par an (février et novembre) en 81 points du littoral français, dont 12 le long des côtes de Haute et Basse Normandie.

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Le suivi des contaminants dans les mollusques bivalves ayant aujourd’hui 30 ans d’existence, il permet d’évaluer les tendances évolutives des contaminations locales. Claisse et Beliaeff ont réalisé une synthèse de ces tendances en 2000, et le tableau ci après présente leurs résultats pour les points situés entre Dunkerque et Brest.

Tendances observées pour les contaminants mesurés par le RNO en Manche

(d’après Claisse et Beliaeff, RNO 2000.-Surveillance du Milieu Marin, Travaux du RNO. Édition 2000. Ifremer et Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement ISSN 1620-1124; la période couverte va de 1979 à 1999 pour les métaux, de 1979 à 1997 pour le DDT, de 1992 à 1997 pour le CB 153, de 1982 à 1997 pour l’alphaHCH et le lindane, et de 1994 à 1998 pour les hydrocarbures aromatiques polycycliques -HAP)

(nota : H pour huître et M pour moule)

Ce tableau de synthèse met quelques faits marquants en évidence :

  • une tendance plutôt orientée à la décroissance des contaminations : sur les 110 résultats portant sur la Normandie (10 paramètres sur 11 points figurés en bleu), 56 présentent un niveau médian de contamination supérieur à la médiane française (figurés par des carrés jaunes), soit 51 %, mais sur les 48 tendances significatives mises en évidence, 45 (soit 94%) concernent des baisses de contamination (flèches vertes),

  • hormis le port de Cherbourg, les niveaux médians de contamination sont supérieurs aux médianes françaises principalement dans le secteur oriental de la baie de Seine et le long des côtes de Seine Maritime, ce qui correspond au secteur se trouvant sous l’influence du panache de la Seine. Au contraire, le long de la côte ouest du Cotentin, les niveaux de contamination sont presque tous inférieurs à la médiane nationale,

  • deux tendances significatives à la hausse sont enregistrées pour le plomb, de part et d’autre de l’embouchure de la Seine. Il est à noter que ce sont les seules tendances croissantes observées sur l’ensemble du littoral français pour ce métal depuis l’apparition des essences sans plomb, et que selon Claisse et Beliaeff (2000), les concentrations en plomb dissous et particulaire n’ayant pas augmenté dans les eaux de la Seine en amont de Poses, les apports responsables de cette tendance ascendante se situent donc dans la zone de l’estuaire de Seine.

Si l’on compare les niveaux médians de contamination des 12 points normands au cours des trois dernières années (1) à la médiane nationale (Cf. figure ci après), on constate que :

  • la contamination par les PCB (polychlorobiphényles), représentée ici par les teneurs en CB153, est systématiquement supérieure à la médiane nationale sur les points suivis en baie de Seine. Elle est même 10 fois supérieure à la médiane nationale à Villerville, et 5 fois environ à Antifer, c’est à dire de part et d’autre de l’estuaire de Seine. Au contraire, sur la côte ouest du Cotentin et dans l’ouest de la baie de Seine, les contaminations sont inférieures à la médiane nationale,

  • les teneurs en lindane et en HAP sont également systématiquement supérieures aux médianes nationales, hormis dans l’extrême Ouest de la baie de seine au point Moulard et dans l’ouest Cotentin. Les contaminations maximales de la zone sont, comme pour les PCB, observées sur les 2 points de suivis situés de part et d’autre de l’estuaire (Villerville et Antifer),

  • les teneurs en cuivre et en mercure sont très proches de la médiane nationale sur l’ensemble des points (hormis le mercure à Vaucottes), et les teneurs en zinc sont inférieures partout.

(1) de 1999 à 2001 pour les métaux, de 1999 à 2000 pour le CB153, le lindane et les (DDT+DDD+DDE) et de 1998 à 2000 pour les HAP

Contamination des coquillages par les principaux contaminants chimiques suivis par le RNO : comparaison des valeurs médianes obtenues en Normandie sur les trois dernières années avec les valeurs médianes de l’ensemble des côtes françaises. Le niveau 100 correspond à la médiane nationale, et les contaminations médianes par point sont exprimées en % par rapport à la médiane nationale.

En conclusion, ce sont pour l’instant principalement les PCB et le plomb (tendance à la hausse en proche estuaire de seine), et dans une moindre mesure le lindane, les HAP et le cadmium, qui posent problème en baie de Seine, surtout à proximité immédiate de l’estuaire.

Les contaminations constatées le long de la côte ouest du Cotentin sont par contre généralement inférieures aux médianes nationales correspondantes.

En ce qui concerne les PCB, il faut savoir que ces produits, dont l’usage est interdit en France depuis 1987, étaient utilisés comme lubrifiants, agents diélectriques, fluides hydrauliques et caloporteurs…La famille des PCB regroupe environ 200 congénères (molécules), dont certains sont très toxiques, et qui ont tous la particularité d’être très rémanents.

Ainsi que le notent Claisse et Beliaeff (2000), leur forte rémanence a pour conséquence que "l’estuaire de Seine, site français le plus contaminé par les PCB, ne présente pas de tendance décroissante significative, sauf sur Antifer et Ouistreham".

Pour consulter ou télécharger les résultats obtenus dans le cadre du RNO en Normandie en 1999 : http://www.ifremer.fr/envlit/region/reg02hbnorman/

Pour accéder au site RNO National http://www.ifremer.fr/envlit/surveillance/rno.htm

 

Bibliographie

Claisse D. et Beliaeff B., 2000. Tendances temporelles des teneurs en contaminants dans les mollusques du littoral français. In Surveillance du Milieu Marin. Travaux du RNO. Édition 2000. Ifremer et Ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. pp. 9-32. ISSN 1620-1124.