Journal de bord 2004


Faites connaissance avec notre équipe scientifique.

Thalassa est rentrée directement à Brest le 6 juillet à 10h30. 

Et encore plus de photos dans l'album...


Samedi 5 juin 2004

C'est parti ! le navire a quitté Brest à 8h du matin. Dès le départ, on ne chôme pas: réunion de début de mission pour présenter les objectifs et le plan de mission, vérification du matériel à bord, démarrage des ADCP de coque et traitement des données, préparation des flotteurs, des mouillages, de la CTD ...et il faut s'amariner. 

Et les premières photos :

Pierre et Olivier prépare la bathysonde : ADCP (jaune), bouteilles de prélèvement (gris), CTD (kaki) sont fixés sur la rosette. 
Il faut aussi préparer la terminaison permettant de relier le câble du treuil à la bathysonde. Ce lien doit pouvoir supporter des efforts de près de 2 tonnes en traction.


Lundi 7 juin 2004

 
Des dauphins accompagnent le bateau. 
Hier, séance de formation au prélèvement des échantillons pour calibrer l'oxygène.

Sébastien et Thierry sont très concentrés !

 

On prépare les boules Benthos pour les mouillages. Grâce à leur flottabilité, les mouillages seront tendus verticalement dans l'eau.
Tir d'XBT. Ces petites sondes perdables et peu coûteuses nous donnent un profil de température de la surface à une profondeur variant entre 200 et 1800m selon leur modèle. Ces données sont immédiatement envoyées au centre de données Coriolis qui les redistribue ensuite aux centre de prévision opérationnels tel que Mercator.
Tel un médecin, Cathy ausculte le LADCP 300kHz qui s'est mis en grève.


Mardi 8 juin 2004

 

Les tests continuent. Deux stations sont effectuées au même endroit pour tester le nouveau capteur d'oxygène monté sur la rosette. Il permettra d'obtenir des profils du contenu en oxygène de la surface au fond. Les XBT sont tirées toutes les 2 heures.

Beau temps pour les marins. 
Nombreuses discussions sur le pont.


Jeudi 10 juin 2004

 

Les prévisions météo ne sont pas très bonnes pour le week-end, ce qui peut compromettre le déploiement des mouillages. Heureusement, le beau temps a permis de faire route à 11 noeuds, et Thierry (chef de mission) choisit de ne pas faire les 2 CTD sur la ride de Reykjanes et les XBT 1000m (pour lesquelles il faut ralentir) pour arriver demain au Groenland. Là, il faudra faire un premier relevé bathymétrique (les cartes ne concordent pas dans cette région) pour repérer les points de déploiement des mouillages. Il faudra également faire un bilan de la couverture de glace pour estimer les risques et les impossibilités concernant ces déploiements. Les cartes satellitaires de la veille sont transmises au bateau afin de donner des éléments de décision quant au contournement de cette glace.

Pendant ce temps, Olivier et Olivier finissent de préparer le mouillage qui sera posé sur le plateau du Groenland pour mesurer le courant côtier à l'aide d'un ADCP qui regarde vers le haut et d'un Seacat qui mesure température et salinité. 

 


Vendredi 11 juin 2004

Arrivée sur le Groenland.

Malgré un temps maussade qui se gâte d'heure en heure, tout le monde est content d'y être déjà. La température de l'air est d'environ 4°C, et le vent accentue la sensation de froid.
Le capitaine cherche un passage à travers les growlers pour atteindre la position du mouillage E sur le plateau. Il y a peu de visibilité et ça fraîchit. Heureusement, Thalassa est homologuée pour traverser jusqu'à 30% de couverture de glace.
On largue le mouillage E par 190m de fond. Il servira à surveiller le courant côtier pendant un an.
On voit en rouge l'ADCP 300 kHz, en jaune les boules de flottabilité qui lui permettront de remonter, en blanc côte à côte un des deux largueurs acoustiques et la balise Argos. Le pied du mouillage sert aussi de lest.

 

Le principe de ce mouillage a été testé en bassin de 40m de profondeur à Ifremer. Des extraits de la vidéo sous-marine montrent :
  • l'installation du mouillage (mpg : 4.6Mb ; wmv : 1.6Mb)
  • l'essai du cardan permettant de garder l'ADCP à la verticale (mpg : 1.8Mb ; wmv : 0.6 Mb)
  • le largage permettant la récupération des instruments et des données (mpg : 3.5Mb ; wmv : 1.3Mb)

 

Les CTD continuent, mais il faut éviter les glaçons !


Samedi 12 juin 2004

 
Dure journée. Pendant 11 heures, le bateau est à la cape par force 8 (vent à plus de 30 noeuds, soit environ 60 km/h) et 4 à 5m de creux. 
Après s'être rapidement éloigné des glaces, le navire attend sagement que les éléments se calment pour aller ensuite se mettre en position pour le mouillage C.


Lundi 13 juin 2004

 
Enfin un ciel dégagé. Les 3 derniers mouillages (A, B et C) sont mis à l'eau, et la section hydrologique peut enfin commencer. 
Mise à l'eau du mouillage C, la tête d'abord. On voit ici le SeaCAT surmonté de sa flottabilité orange, qui sera immergé à 190m. Vient ensuite l'ADCP 75kHz, destiné à mesurer les courants entre la surface et 480m.  
En dessous de l'ADCP sont placés 3 courantomètres classiques, qui mesureront les courants à 600, 800 et 900m jusqu'en 2006 si tout va bien.
Chaque courantomètre est suivi de 5 boules benthos pour bien tenir l'ensemble du mouillage vertical.
Et en dernier, un lest de 1.2 tonnes, surmonté ici d'un parachute pour ralentir sa descente. Ce lest va aller se poser sur le fond (ici vers 1000m) et c'est la seule pièce du mouillage qui restera au fond après l'expérience.
Ensuite, par triangulation acoustique, on vérifie la position et la profondeur du mouillage. Ici, Olivier écoute, et Sébastien reporte les points sur du papier millimétré.
 
Grâce à un vend de Sud-Ouest qui a repoussé les glaces vers le nord, Thalassa peut enfin s'approcher à 10 milles des côtes (plus près qu'en 2002), et les photos de banquise, d'iceberg et de côte groenlandaise se succèdent.

Voici un témoignage éloquent :

"Un petit mot pour vous dire que non, les photos d'Ovide 2002 n'étaient pas truquées. A un moment, je pensais que c'était de la publicité mensongère pour que les gens embarquent sur cette campagne, mais non, je confirme.
En effet, vendredi dernier, on a eu le droit à la banquise, au navire entouré de gros 'glaçons'. La visibilité n'était pas terrible mais c'était quand même impressionnant de voir toute cette glace.
Et aujourd'hui, le top du top. Quand on est arrivé près du Groenland, grand soleil. On a pu voir les montagnes
du Groenland avec la banquise juste devant. C'était GRANDIOSE. On a aussi vu des icebergs dont un d'assez près. C'était vraiment magnifique. Sincèrement, ça fait oublier le mal de mer et les tempêtes du début.
Bref, merveilleux spectacle, à voir."

Mais attention, la glace dérive rapidement. Un iceberg collé à une plaque de glace force Thalassa à faire un détour par le Sud, et il faut déplacer les stations hydrologiques. Tant que le navire n'est pas piégé et que les mesures sont bonnes, tout va bien.


Vendredi 18 juin 2004

 
Un petit tour du côté de la chimie ... 
Dans le conteneur sur bâbord, Caroline (ci-contre) et Pierre sont chargés de mesurer la salinité des échantillons prélevés dans les bouteilles de la bathysonde. Les données de la sonde de conductivité sont alors corrigées en fonction des mesures des échantillons. L'objectif est d'obtenir des données de salinité avec un écart type de 2 millièmes entre les échantillons et les mesures de sonde re-calibrées. Ces chiffres paraissent petits, mais cette précision est nécessaire pour différencier ou analyser l'évolution temporelle des eaux particulièrement homogènes, comme les eaux profondes par exemple.
De son côté, Pascal dose l'oxygène dissous par oxydo-réduction avec le thiosulfate. L'ensemble de la manipulation est automatisé.  La difficulté est plutôt au niveau du prélèvement de l'échantillon, car il faut limiter au maximum le contact de l'eau avec l'atmosphère. Immédiatement après le prélèvement, on verse de l'hydroxyde de manganèse en excès dans le mélange, qui réagit avec l'oxygène dissous pour précipiter. Tout l'oxygène est alors piégé dans le précipité, et après 4 heures de stabilisation, l'échantillon est prêt pour la mesure.

Comme pour la salinité, ces mesures serviront à étalonner le profil d'oxygène fourni par un capteur indépendant monté sur la rosette.

Sur tribord, Essylt (ci-contre), Thierry et Eric (ci-dessous) se relaient pour mesurer les éléments nutritifs : les silicates Si(OH)4, les nitrates NO3 et les phosphates PO43-. Ces trois éléments sont des traceurs naturels dissous dans l'eau de mer. Dans l'océan profond, sous certaines conditions, ils présentent des variations conservatives (leur concentration relative ne varie pas) et peuvent donc aider à identifier les masses d'eau. En revanche, ils sont consommés par le phytoplancton en surface, et ils constituent alors des indicateurs de l'activité biologique.


Mercredi 23 juin 2004

 
Un petit tour du côté de la machine ... 
Six personnes de l'équipage s'occupent de la propulsion, des ballasts, de la réfrigération, de l'eau, du système sanitaire, du gasoil, de l'air comprimé, du réseau électrique, de la salle de tri (des poissons) et des treuils. 
La Thalassa est une petite centrale électrique, avec quatre groupes électrogènes (des moteurs diesel) qui alimentent le moteur synchrone de la propulsion (en 600V) et assure la distribution du courant sur tout le bateau (en 380V, 220V et 24V). 

L'avantage d'une telle propulsion est qu'elle est silencieuse : les moteurs sont montés sur une plate-forme et leur vibration ne sont pas retransmises à la coque ou à l'hélice. Ainsi, il est possible de faire des études acoustiques sous-marines à partir du navire, la propulsion est plus progressive, et de plus, le confort est assuré. En marche normale, deux moteurs fonctionnant en tandem fournissent suffisamment de puissance pour avancer à 11 noeuds. Un autre moteur est gardé en réserve pour plus de puissance ou en cas de défaillance. Le quatrième moteur est réservé aux cas d'urgence.  
Le travail des mécaniciens consiste classiquement en 80% de maintenance et 20% de réparation. Ici, le chef mécanicien inspecte les écrans de la salle de contrôle. Les commandes dans cette salle sont répliquées à la passerelle, qui peut ainsi gérer la bonne marche du bateau 5 ponts au dessus. Les mécaniciens ne font pas de quart, mais chaque jour, ils alternent pour répondre aux diverses alarmes envoyées par les capteurs des machines. 


Le quart 0-4

 
Voici le premier volet des 24h de Thalassa. Sur le navire, les périodes de 12h sont divisées en trois "quarts" de 4 heures chacun. Cela concerne tous les travaux qui se font 24 heures sur 24 : les mesures et prélèvements scientifiques, le maniement des treuils et engins, et la navigation. Dans l'équipage, seule la douzaine de personnes qui s'occupe de la machine ou de la cuisine travaille de jour uniquement, sauf en cas de panne ou d'urgence.  Parmi les scientifiques, six travaillent également hors quart (dont le chef de mission), car la nature de leur tâche ne nécessite pas de permanence 24h sur 24.

Le quart zéro quatre est le groupe de personnes qui travaillent de minuit à 4h, puis de midi à 16h. Il y a 6 scientifiques (3 pour les CTD, 3 pour les mesures des prélèvements), 3 matelots et un officier.

 


Monica est dans le groupe qui se charge des mesures de carbone. Emmanuelle, Sébastien, Eric et Olivier (à droite) s'occupe de la CTD et des prélèvements.

Michel et Bruno, matelots, sont chargés de mettre la bathysonde à l'eau, d'actionner les treuils et de la ramener à bord en fin de profil. 
Il est 14h. A la passerelle, Nicolas fait route vers la prochaine station pendant que l'équipe de quart CTD termine les prélèvements 3 ponts plus bas.


Le quart 4-8

 

Le quart quatre huit est le groupe de personnes qui travaillent de 4h à 8h du matin, puis de 16h à 20h. Comme pour le quart 0-4, il y a 6 scientifiques (3 pour les CTD, 3 pour les mesures des prélèvements), 3 matelots et un officier.

Marta (cycle du carbone), Cathy et Olivier (CTD) vont prélever des échantillons des bouteilles fraîchement remontées. Aujourd'hui, la mer est assez forte et il y a 35 noeuds de vent (65 km/h). Après quelques bouteilles, la bathysonde sera mise à l'abri dans le labo "humide" (ci-contre) afin que les embruns ne polluent pas les prélèvements.

Thierry et Cathy mesurent la température pour les prélèvements d'oxygène.

Voici Sandra et Marta au travail.

La remontée de la bathysonde est suspendue régulièrement afin de procéder à la fermeture des bouteilles à distance (ci-contre). A chaque instant, on connaît la profondeur de la rosette grâce aux mesures de pression qui sont transmises à bord par le câble électro-porteur.  
Une fois la bathysonde à bord, l'équipe descend dans le laboratoire pour procéder aux prélèvements (ci-dessus). 


Le quart 8-12

 
Et voici le quart 8-12.

Eric, Cathy et Florian sont parés pour les prélèvements. Après 80 stations, c'est la routine !
Pendant ce temps, Roger et Paul sont de quart à la passerelle. 
Ceux qui ne sont pas du 8-12 peuvent profiter de la radio à la passerelle après le dîner, ou discuter avec le capitaine.


Dimanche 27 juin 2004

 
Ici, on travaille même le Dimanche. Profitant d'une météo plus clémente, l'équipe de la machine intervient sur le treuil de la bathysonde dans le cadre d'une maintenance préventive. Une panne sur ce treuil pourrait faire perdre un temps vital à la mission, voire même endommager le câble. Beaucoup de bathysondes ont été perdues par rupture de câble.


Lundi 28 juin 2004

 
Des exercices de sécurité sont régulièrement effectués par tous les membres du navire. Aujourd'hui, récupération et sauvetage d'un homme à la mer.

Une bouée est jetée à l'eau, et l'alerte est immédiatement donnée.

Tout le monde se retrouve sur le pont (même ceux qui faisaient la sieste ...). 

Le chef de quart à la passerelle manoeuvre pour se positionner près de la bouée, tandis que les membres d'équipage mettent à l'eau un zodiac dans lequel embarquent Claude et François. 
Le zodiac va récupérer la bouée et revient vers la Thalassa pour être treuillé sur le pont.
Toutes les opérations sont coordonnées entre la passerelle et les manoeuvres  par talkie-walkie.

 

Un jour de plus qui finit bien.


Dimanche 4 juillet 2004

 

Ovide 2004 se termine. Et voici pour finir la photo de 29 des 50 membres de la mission.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Mis à jour le 02/04/12
Ifremer ©2005