Océan et climat


La variabilité du climat européen dépend largement des interactions entre l'atmosphère et l'océan. Les protagonistes du climat océanique de notre continent sont la capacité de l'océan à restituer la chaleur emmagasinée durant l'été en hiver (et la fraîcheur en été), les vents d'ouest, et le courant Nord Atlantique, extension septentrionale du Gulf Stream. Ce dernier n'a une influence prépondérante sur la température moyenne que dans les régions sub-polaires, au nord de l'Ecosse. Cependant, en apportant chaleur et sel aux hautes latitudes, il limite également l'extension des glaces de mer. Le courant Nord Atlantique est aussi l'un des piliers du tapis roulant océanique, car il alimente le renouvellement des eaux profondes dans les Mers Subpolaires. 

Aujourd'hui, il est indubitable que la surface de notre planète se réchauffe. Ce phénomène se place dans un contexte de variabilité naturelle depuis le petit âge glaciaire du XVIIIè siècle. Mais son accélération au cours des trente dernières années est clairement imputable aux activités humaines. Les prévisions des modèles océan/atmosphère les plus récents, incitent à penser qu'en raison de l'augmentation de l'effet de serre, le tapis roulant pourrait sensiblement ralentir en Atlantique nord d'ici un siècle. Cependant, la figure extraite du rapport de l'IPCC de 2001 montre bien que ces prévisions sont assorties d'une grande incertitude. Pour cette raison, l'une des priorités actuelles de la communauté scientifique internationale est de surveiller la circulation océanique, de mieux comprendre les équilibres en présence et d'améliorer les prévisions par les modèles. 

 

Le programme Ovide (Observatoire de la Variabilité Interannuelle à DEcennale en Atlantique Nord), élaboré et mené par Herlé Mercier du Laboratoire de Physique des Océans (LPO), est la contribution française à ce réseau d'observation. Il consiste principalement en la réalisation d'une section hydrographique répétée entre le Portugal et le Groenland. Tous les deux ans depuis 2002, vingt-quatre scientifiques de Brest et de Vigo embarquent un mois en mer. Leur outil essentiel est une bathysonde, un ensemble de capteurs et de 28 bouteilles de prélèvement, monté sur un châssis. Navire à l'arrêt, elle est descendue jusqu'au fond. Cela permet de mesurer en continu température, salinité, oxygène dissous et courants marins et de remonter en surface de l'eau de mer prélevée à des profondeurs choisies. Ces échantillons servent à estimer la concentration d'éléments chimiques et à améliorer notre connaissance du cycle du carbone. La plupart des analyses sont réalisées à bord, dans des conteneurs aménagés en laboratoires de chimie. 

La bathysonde est ramenée à bord au large du Groenland.

 Copyright Ifremer/Ovide2002

 

Toutes ces mesures permettent d'identifier les courants croisés au cours de la campagne, d'en déterminer l'origine et de quantifier les transports de masse, de chaleur et de sel correspondants. L'unité typique de débit d'un courant océanique est le Sverdrup* (1 Sv = 1 million de mètres cube par seconde), qui correspond environ au débit de tous les fleuves et rivières du monde. Lorsque la section Ovide les croise, le courant Nord Atlantique (composé de deux branches très fluctuantes entremêlées de tourbillons) transporte entre 18 et 22 Sv d'eau chaude et salée vers le nord, pendant que le courant profond de Bord Ouest, sagement collé le long de la côte est du Groenland, ramène vers l'Atlantique entre 9 et 11 Sv d'eau refroidie. Tous deux participent directement au tapis roulant.

Mais d'autres courants tout aussi puissants y contribuent aussi. Surplombant le courant profond de Bord Ouest, le courant Est Groenland, transporte ainsi environ 10 Sv d'eau polaire et d'eau Atlantique partiellement refroidie vers le sud. 

Section OVIDE: température (°C)

Copyright Ifremer/P. Lherminier

Entre 1000 et 2000 m de profondeur, la circulation est fortement marquée par un combat d'influence entre les eaux provenant de Mer Méditerranée, de la Mer du Labrador et du seuil Écosse/Féroé. Tous ces éléments sont repris sur le schéma de la circulation en Atlantique Nord sur fond de bathymétrie ci-contre. En blanc transparent et trait marron, la section Ovide. En rouge et vert les courants de surface, chaud et salés ou froids et dessalés. En noir et violet les courants intermédiaires des eaux de la Méditerranée et de la mer du Labrador, en bleu les courants profonds formés par les eaux denses des mers subpolaires au nord de l'Islande.

Carte des courants en Atlantique Nord

Copyright Ifremer/P. Lherminier

* Du nom d'Harald Ulrik Sverdrup (1888-1957), océanographe et météorologue norvégien qui fit de nombreuses découvertes théoriques dans ces deux domaines.

 

 


Mis à jour le 13/06/08
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