On désigne sous le nom de "pêche à la baleine", toute pêche de cétacés de grande taille : baleines franches, baleines grises, rorquals, bélougas, baleines à bosse, différentes espèces de cachalots, narvals, ...

En raison d'une pêche intensive, facilitée par la motorisation des navires, certaines espèces ont disparu et d'autres sont fortement menacées.

Leur reproduction étant lente (un baleineau par an), leur nombre ne progresse que très lentement malgré le moratoire institué, en 1986, par une commission internationale (CBI).
Ce moratoire est bafoué par certains pays sous de faux prétextes scientifiques (Japon, Norvège, Islande, Danemark qui tuent environ 2000 baleines ou rorquals par an, sans comptabiliser les globicéphales annuellement assassinés par les Iles Féroé).

Comme le montre l'histoire de cette pêche, ces mammifères intelligents, chassés par l'homme, se sont retirés de nos côtes atlantiques, alors qu'il y a encore quelques siècles, les baleines circulaient régulièrement en Manche et dans le golfe de Gascogne.

Elles sont manifestement plus tranquilles dans le Pacifique, au large des côtes de Californie, où le tourisme baleinier prend une ampleur considérable. Une baleine vivante rapporte beaucoup plus qu'une baleine morte.

Première étape : les Basques poursuivent les baleines

On sait que Grecs et Romains honoraient les cétacés et, en particulier, les dauphins qui les aidaient dans leurs pêches. Il semble que la pêche à la baleine n'apparaisse de façon organisée que vers le Xe siècle au Japon, et au XIe sur les côtes basques. L'influence du bouddhisme a freiné son développement en Asie. Elle a été pratiquée en Manche et sur les côtes de Flandres dès le IXe siècle. Les baleines étaient présentes en nombre important dans ces eaux vers l'an 1000 et étaient encore très nombreuses au début du XVe siècle.

A cette époque les baleines étaient considérées comme des poissons ("poissons à lard" ou "crapois"). Les Basques exploitèrent d'abord les individus qui s'échouaient en nombre sur leurs côtes. La viande et le lard de la baleine étaient très prisés, la graisse servait à faire de l'huile pour l'éclairage, sans oublier les fanons utilisés pour la décoration et bientôt pour la corsetterie. Quant au cachalot, cétacé à dents, également abondant dans le golfe de Gascogne, il produit moins d'huile, mais fournit d'autres ingrédients précieux : le blanc de baleine dont on fait des bougies et l'ambre gris utilisé en parfumerie.
Puis les Basques prirent la mer, sur des navires de mieux en mieux équipés, pour harponner ces animaux, tout d'abord près de leur côtes et bientôt plus au large, au fur et à mesure que les baleines s'éloignaient, fatiguées très probablement par la guerre acharnée qu'on leur faisait.
Les Basques partirent alors à travers l'Atlantique pour rechercher ces riches proies qui fuyaient.

Les baleines se déplacent vers le Nord, la pêche devient internationale

Bientôt Normands et Bretons, puis tous les riverains de l'Océan et de la Manche suivirent l'exemple des Basques. Ils apprirent cet art difficile et pendant très longtemps, les Français furent les leaders de cette pêche qui se pratiquait encore dans les régions tempérées de l'Atlantique.
Les Hollandais, puis les Anglais, s'intéressent à leur tour à cette pêche et apprennent la technique du harponnage, auprès des équipages français, puis en armant des bâtiments dont l'équipage était composé essentiellement de marins basques.

La suprématie hollandaise au XVIIe siècle

Les guerres que se livrent Anglais et Français et les accords entre Pays-Bas et Angleterre vont ruiner peu à peu les baleiniers français, laissant la suprématie de cette pêche aux Hollandais, soutenus également par les pays scandinaves et les Hambourgeois. Ils s'associent dans une confédération des ports de la mer du Nord (sorte de Hanse, analogue à celle du hareng).
Les expéditions hollandaises (auxquelles sont associés des navires des autres pays cités ci-dessus), sont protégées par des navires militaires, qui font la chasse aux Français.
Ils vont même jusqu'à détruire les établissements et huileries à terre, sur les rivages canadiens.

La pêche au harpon

Pendant des siècles la technique ne change pas. Le navire armé pour la chasse à la baleine embarque une ou deux baleinières : petites barques qui s'approchent de l'animal. Quand le cétacé apparaît à la surface pour respirer, le harponneur, posté à l'avant, lance sa barre d'acier acéré, reliée à un solide filin fixé à la barque.
L'animal blessé s'enfuit entraînant avec lui la baleinière, jusqu'à épuisement de l'animal. Les baleinières pouvaient être remorquées ainsi très loin du navire, se perdre dans la brume et même parfois être chavirées. Les pertes humaines étaient importantes.

La pêche devint de plus en plus difficile car les baleines pourchassées se réfugièrent de plus en plus au nord, dans les mers froides et glacées. Aux risques encourus par les baleinières s'ajoutent le froid et les icebergs.
Les baleiniers s'aventurent également dans l'hémisphère sud, sur les côtes d'Amérique du Sud, puis dans l'Océan Indien et dans le Pacifique, puis de plus en plus au sud vers l'Antarctique.

Notons qu'à cette époque le nombre de captures reste limité, puisque les prises hollandaises étaient de 1868 baleines en 1697 et de 500 en 1771. Un chiffre relativement modeste comparé à celui des pêches industrielles à venir.

La Restauration et les Américains

Louis XVI tenta de relancer la pêche à la baleine en France. Mais ce n'est qu'à la Restauration que cette pratique, fortement subventionnée, redémarra.
Pendant ce temps l'Amérique du Nord remplaça peu à peu les Hollandais et Anglais, armant jusqu'à 518 baleiniers contre une quarantaine en France.

Cette embellie est de courte durée. Petit à petit les ports français renoncent devant la concurrence et l'avènement des navires à vapeur va signifier la fin de cette pêche en France.

La chasse industrielle aux XIXe et XXe siècles

Le baleinier à vapeur a tout changé. Le harpon propulsé de la proue du navire à l'aide d'un canon simplifie les captures. La baleine malgré sa puissance est incapable de lutter longtemps contre un navire de fort tonnage.
Dès 1850, les français abandonnèrent la chasse à la baleine (en 1868, Le Havre envoie son dernier baleinier). En Europe, elle devient l'apanage des Norvégiens qui arment 150 navires industriels : en 1917, une flottille tua 4 305 baleines près des seules côtes de Géorgie du Sud.

Crédit : Ivan T. Sanderson, Follow the whale

Les techniques industrielles

Les étapes technologiques importantes :
  • navires plus puissants susceptibles de s'attaquer aux baleines en haute mer,
  • flottilles constituées pour optimiser l'exploitation des zones de migration,
  • harpons propulsés,
  • harpons à têtes explosives.
Ces nouvelles techniques permirent de pêcher de nombreuses baleines (plus de 10 000 par an à partir de 1910). Le Japon et la Russie se font la guerre pour accéder aux ressources baleinières. Les moyens sont de plus en plus considérables, les flottilles augmentent et, dans les années 1930, on tue plus de 50 000 baleines par an. Cette surpêche aboutit à la disparition complète de plusieurs espèces, d'autres étant en voie de disparition.
En 1946, la Commission Baleinière Internationale interdit la chasse de certaines espèces : l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande et la France s'associent aux Australiens, Néo-Zélandais et Américains, en renonçant définitivement à cette pêche.

Un moratoire est mis en place en 1985/1986.

 

 

 

 
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