Les coraux froids de Méditerranée

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Karine Olu, Erwan Le Guilloux, Alessandra Savini et Agostina Vertino

 

Corail au squelette noir (antipathaire) dont le squelette est colonisé par des coraux solitaires oranges (Desmophyllum) et par du corail blanc (Lophelia pertusa)
© Ifremer / Medeco 2007

 

Les écosystèmes de coraux d'eaux froides, ou coraux profonds, se développent le long des marges continentales à des profondeurs variant de quelques centaines de mètres à un peu plus de mille mètres. Lors de la campagne Medeco, les scientifiques étudieront l'organisation spatiale, la biodiversité et la dynamique biologique des coraux de l'arc calabrais.

 

Les particularités des coraux profonds

Les récifs de coraux d'eau froide sont à bien des égards comparables aux coraux des eaux chaudes par leur organisation tri-dimensionnelle, leur fonction écologique et leur mode de croissance, et fournissent un habitat pour une communauté d'organismes incluant de nombreux groupes d'invertébrés et de poissons.
Leur localisation le long des marges continentales à des profondeurs soumises à l'effort de pêche, ou encore à l'exploration pétrolière ou au dépôt de câbles, ainsi que leur productivité élevée, en font des habitats particulièrement fragiles. C'est pourquoi ils sont classés parmi les habitats sensibles par la convention Ospar sur la protection de l'environnement marin de l'Atlantique Nord-Est de 2004. 
Les coraux fondateurs des récifs en Atlantique et en Méditerranée sont les scléractiniaires coloniaux Lophelia pertusa et Madrepora occulata (photo ci-dessus). A la différence des coraux tropicaux, ceux-ci sont dépourvus de zooxanthelles (micro-algues symbiotiques1). Ils doivent donc puiser leur nourriture dans l'eau environnante, notamment de la matière en suspension ou dissoute dans l'eau, mais également du zooplancton que les polypes, animaux qui forment le corail, capturent de manière active. Cependant, la contribution de chacune de ces sources au régime alimentaire des coraux reste à découvrir.

L'existence de coraux profonds en Méditerranée a déjà été démontrée. Ainsi, des gisements fossiles datant de plusieurs millions d'années parsèment le pourtour méditerranéen, comme en Sicile ou encore sur l'île de Rhodes. Des questions restent cependant en suspens : comment subsistent-ils encore aujourd'hui ?, comment ces récifs sont-ils organisés ?, peut-on parler d'une véritable communauté récifale profonde ?
En 2001, grâce à des informations fournies par des pêcheurs locaux, une équipe de chercheurs italiens a mis en évidence des sites de coraux profonds le long de la marge Apulienne à des profondeurs allant de 550 à 1100 mètres, non loin du Cap de Santa Maria di Leuca. Dès lors, de multiples campagnes de prélèvements associées à des mesures de géophysique de la zone ont révélé l'existence de petites structures carbonatées de l'ordre de la dizaine de mètres de hauteur, répliques miniatures des monts carbonatés géants présents le long de la marge irlandaise.

 

Calice de Desmophyllum dont la bouche est visible au centre.
© Ifremer / Medeco 2007 / Agostina Vertino

 

Les actions menées dans le cadre de Medeco

Grâce au programme européen Hermes, une première inspection de ce site par un robot télé-opéré, mis en œuvre par une équipe allemande à laquelle des scientifiques de l'Ifremer étaient associés, a eu lieu à l'automne 2006.
Les plongées de la campagne Medeco visent à compléter l'effort entrepris pour étudier l'organisation spatiale, la biodiversité et la dynamique biologique de ces récifs. Le premier objectif sera de réaliser une cartographie de la distribution des coraux à une très fine échelle (inférieure au km²). A cette même échelle, des mesures de courants renseigneront sur l'hydrodynamique de la zone.

De plus, les imageries photo, vidéo et acoustique acquises grâce au module de mesure en route du ROV Victor 6000 permettront une analyse de la distribution de la faune de grande taille associée aux récifs. Les scientifiques espèrent également mettre en évidence des phénomènes d'agrégation de certaines espèces de poissons de façon quantitative.
Par ailleurs, les divers outils de prélèvement du Victor 6000 permettront de réaliser un échantillonnage biologique afin d'étudier la biodiversité présente autour de ces coraux, à la fois celle dans le sédiment (endofaune) que celle fixée sur les coraux ou mobile dans l'eau environnante (épifaune).

Les équipes étrangères invitées à participer à la campagne s'intéresseront plus particulièrement à la biodiversité des éponges (Julie Réveillaud, Belgique) et à la géomorphologie ainsi qu'à l'origine de structures carbonatées (Alessandra Savini et Agostina Vertino, Italie).
Enfin des structures immergées depuis un an seront récupérées afin d'étudier la dynamique de colonisation biologique.

Quatre plongées dédiées à l'étude des coraux de Santa Maria di Leuca ont été programmées. Deux sites distants de 3 km seront cartographiés puis échantillonnés. Entre les plongées, des prélèvements de sédiment meuble par des engins sur câble seront effectués afin de comparer les communautés biologiques environnantes avec celles des zones de coraux.

> Pour plus d'informations, lire la revue Vertigo, sur la campagne Caracole

 


1 : La symbiose est une association durable et réciproquement profitables entre deux organismes. Ainsi, les zooxanthelles sont des algues unicellulaires en symbiose avec les coraux tropicaux. Dans les couches superficielles des mers chaudes, dépourvues de la base de la chaîne alimentaire marine qu'est le plancton, les zooxanthelles se développent en absorbant le dioxyde de carbone libéré par les coraux et fournissent en retour divers nutriments à leur hôte.

 

 
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      Mise à jour
05/12/2007

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