Microbiologie des environnements extrêmes en MéditerranéeTéléchargez la version PDF de la fiche
Laurent Toffin, Stéphane L'Haridon
Lac de saumure photographié par
Victor 6000 sur le volcan de boue Napoli, au large de la Crête
Les microorganismes extrêmophiles vivent dans des conditions environnementales (température, salinité, pH) mortelles pour les autres organismes. Certains microbes dits halophiles se développent dans des milieux très chargés voire saturés en sel. Parmi les microorganismes que l'on rencontre dans ces environnements, le groupe le plus significatif est sans doute celui des méthanogènes qui tirent leur énergie de la réduction du dioxyde de carbone (CO2) en présence d'hydrogène (H2) pour former du méthane (CH4).
Halophiles extrêmesEn Méditerranée, au niveau des sources de fluides froids, des communautés microbiennes halophiles se développent dans des lacs de saumure sous-marins dont les concentrations en sels (NaCl) atteignent 380 grammes par litre
d'eau. A titre de comparaison, l'eau de mer a une teneur en NaCl de 35 grammes par litre
Les Archaea méthanogènes, usines à méthaneLe méthane est un gaz dont la présence dans l'atmosphère terrestre contribue de façon importante à l'effet de serre de la planète. La production de méthane dans les sédiments marins est significative (75 à 320 Téragrammes (1012) par an), ce qui en fait le plus grand réservoir mondial de méthane. Ces fortes quantités de gaz, temporairement stockées dans les sédiments des marges continentales, se trouvent sous forme de gaz libre, dissout ou emprisonné dans la glace (clathrate de gaz). La composition isotopique du carbone d13C1 permet de déterminer l'origine du méthane des zones de fluides froids : elle peut être biogénique (microbienne), thermogénique ou mixte. Dans les sédiments marins, les données moléculaires et isotopiques traitées par les scientifiques montrent que
l'essentiel du méthane produit a une origine biogénique, c'est-à-dire qu'il provient des
Archaea méthanogènes (microorganismes appartenant au domaine des archéobactéries2).
Les microorganismes associés aux Archea méthanogènes : des biofiltresLe méthane produit par les méthanogènes peut être consommé par un ensemble de microorganismes qui vivent en association étroite. Ce consortium microbien, composé d'archaea appelées ANME (méthanotrophe anaérobie) et de bactéries sulfato-réductrices, est capable d'oxyder le méthane et réduire le sulfate. Bien que ce mécanisme soit connu depuis 1976, les microorganismes impliqués dans ce processus ont été mis en évidence récemment. Cette population microbienne, en "consommant" jusqu'à 90% du méthane par oxydation anaérobique, agirait donc comme un biofiltre, évitant ainsi les émissions de méthane vers l'hydrosphère, puis l'atmosphère.
Methanocaldococcus sous Ultra Violet
Les actions menées dans le cadre de la campagne MedecoUn des sites étudiés lors de la mission est le volcan de boue Chefren (Menes Caldeira) situé dans le delta du Nil en Méditerranée orientale. Un lac profond de 250 mètres, rempli
d'une saumure de température égale à 55°C, est localisé dans cette zone. Les échantillons de sédiments et de saumures seront prélevés essentiellement à l'aide de carottiers de plusieurs mètres de long, et de bouteilles en titane. Ces équipements permettront de prélever des archaea méthanogènes en respectant au maximum les conditions in situ des profondeurs (température, salinité, pH ). La fraction active des communautés inventoriées sera identifiée grâce à l'extraction et l'isolement des acides désoxyribonucléiques (ARN, reflet de l'activité métabolique), réalisés directement sur les échantillons.
1 : Le noyau d'un atome est constitué en première approche de protons et de neutrons. En physique nucléaire, deux atomes sont dits isotopes s'ils ont le même nombre de protons. Deux isotopes ont une masse atomique différente. 2 : Les archéobactéries constituent le second domaine du vivant. Ce sont aussi des procaryotes possédant des membranes cellulaires plus résistantes et des génomes apparentés. Ainsi le mécanisme de réplication de l'ADN des archées est-il plus proche de celui des eucaryotes que de celui des bactéries. Aucune archée n'a pour l'instant manifesté de pathogénicité pour l'Homme.
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