Méditerranée. Une mer à part

 

Son histoire est aussi dense que ses caractères océanologiques sont particuliers. Les scientifiques de l'Ifremer apprennent chaque jour à mieux connaître la Méditerranée, cette mer singulière.

 

Fragile et convoitée, la mer Méditerranée se situe à la convergence des plaques africaine et eurasienne. Carrefour de trois continents, elle communique avec les océans par le détroit de Gibraltar. Elle se divise en deux bassins, occidental et oriental, et ne possède pas de zone économique exclusive(a). Sa profondeur moyenne est de 1 500 m et le point le plus profond actuellement connu est de 5 267 m, en mer Ionienne. Ce cadre géodynamique est à l'origine d'une forte activité tectonique. Les fonds marins méditerranéens se modifient encore aujourd'hui, provoquant des séismes en Italie, Algérie, Grèce et Turquie.

Sur les 46 000 km du pourtour méditerranéen, les côtes françaises représentent 2 056 km(b). Ces derniers siècles, l'activité humaine, essentiellement concentrée sur le littoral, a fortement modifié la géologie de la Méditerranée. En PACA, l'espace littoral représente 10% de la région et accueille 90% de la population. L'urbanisation a déplacé et aggravé les zones d'érosion. La construction de barrages, de canaux et de nombreux édifices a également modifié la géographie côtière dont l'artificialisation est estimée à 11%(c).

 

 

Forte de ces spécificités, la Méditerranée concentre les questions posées aujourd'hui à l'échelle mondiale : maîtrise de la pression humaine sur le littoral, valorisation durable de l'environnement et de ses ressources, impact du changement climatique et déséquilibre économique entre les rives nord et sud.

Les recherches de l'Ifremer s'inscrivent à la croisée de ces enjeux. Implanté à La Seyne-sur-Mer, Palavas-les-Flots, Sète et Bastia, l'institut couvre les trois régions françaises du littoral méditerranéen. Les coopérations internationales mises en place seront au cœur d'un séminaire Euroméditerranée organisé par l'Ifremer en novembre 2007.

 

En 1971, un établissement voué à la recherche en technologie sous-marine a été créé à La Seyne-sur-Mer. Un site choisi pour des raisons géologiques (l'étroitesse du plateau continental permet un accès rapide à de grandes profondeurs pour tester les engins sous-marins), mais aussi historiques : la présence de la Marine nationale a permis à la Région d'acquérir un savoir-faire de haut niveau en technologies marines. Aujourd'hui base du Nautile, du Victor 6000 et de l'AUV Asterx, le site accueillera prochainement le Centre Européen de Technologie Sous-Marine (CETSM), adossé à un technopôle de la mer regroupant des entités publiques et privées. C'est aussi le lieu de préparation de campagnes, par exemple dans le domaine des risques naturels liés aux aléas géologiques.

L'Ifremer s'intéresse aussi à l'environnement et au suivi de la qualité du milieu marin. Les laboratoires "Environnement Ressources" des régions PACA et Languedoc-Roussillon constituent des observatoires privilégiés du littoral et contribuent à la mission d'expertise de l'Ifremer. Préservation d'écosystèmes remarquables, durabilité du système conchylicole, suivi de la contamination chimique : des problématiques au cœur de la recherche.

En Méditerranée, la pisciculture est une activité économique développée. Les apports de loup (bar) et de daurade en 1980 s'élevaient à 6280 t pour la pêche et 375 t pour l'aquaculture. En 2005, cette dernière passait à 125 000 t contre 10 150 t pour la pêche (source FAO). La station de Palavas a contribué à ce développement en définissant les conditions d'élevage des larves permettant de produire en masse des juvéniles normaux. Aujourd'hui, les scientifiques étudient les interactions "milieu-santé" et collectent les données expérimentales pour concevoir des plans de sélection du bar.

L'aquaculture est une des réponses à la demande mondiale croissante de produits marins, dans un contexte de raréfaction des ressources halieutiques. En Méditerranée, les débarquements de pêche ont décru de 25 % durant les 15 dernières années. Aujourd'hui, les stocks de poissons démersaux sont pleinement exploités, le thon rouge surexploité tandis que les petits pélagiques sont généralement sous-exploités. Diversité des espèces, la Méditerranée se distingue aussi par celle des métiers : une centaine de chalutiers, une cinquantaine de senneurs et environ 1 500 "petits" métiers se côtoient. Les scientifiques d'Ifremer Sète travaillent à la mise en place d'un Système d'Information halieutique, et établissent des diagnostics sur les ressources exploitées pour proposer des modalités de gestion durable.

 

Plus d'infos sur l'Ifremer en Méditerranée : http://www.ifremer.fr/toulon/index.htm

 

Ce document constitue le papier général du numéro 91 (juin 2007) des Nouvelles de l'Ifremer, publication mensuelle de l'Ifremer dans l'hebdomadaire Le Marin

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(a) : La limite des eaux territoriales est toujours fixée à 12 miles nautiques.
(b) : Les 100 km de rivages de l'étang de Berre et les 5 km de Monaco ne sont pas compris.
(c) : Source Medam (http://sigcol.unice.fr/website/MEDAM/site_medam/index.php)