Q : "Puisqu'on peut, à ces profondeurs, trouver des crevettes... Peut-on aussi apercevoir des... huîtres, et de quelles tailles ? Merci à vous"
Jean-Marie

R : "Bonjour,
A ma connaissance, il n'y a pas d'huître en grande profondeur. Par contre, on trouve de nombreux bivalves comme les modioles ou les Calyptogena qui, autour des sources hydrothermales ou des sources froides des marges continentales, peuvent constituer de véritables bancs composés d'individus de très grande taille (supérieures à 20 cm)".
Daniel Desbruyères, responsable du département Études des écosystèmes profonds (Ifremer Brest)

 

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Q : "L'hémoglobine de Riftia peut-elle être utilisée dans la santé humaine ?"
Juliette, de Brest (29)

R : "Bonjour Juliette,
Je te remercie pour ta question forte intéressante, la réponse est non pour les deux raisons suivantes :
1) C'est une molécule glycosylée, c'est-à-dire qu'elle est pourvue de sucre et serait donc antigénique ;
2) Ses propriétés fonctionnelles de liaison de l'oxygène ne sont pas adaptées pour une application en santé humaine. Riftia colonise en effet des habitats près des évents hydrothermaux sur la dorsale Est Pacifique où les concentrations en oxygène sont très faibles. Dans ces conditions, Riftia a dû s'adapter au cours de son évolution et favoriser une hémoglobine avec une très grande affinité pour l'oxygène afin de capter la moindre trace de ce gaz indispensable à la vie.
En résumé, si cette hémoglobine était utilisée en santé humaine, elle serait à la fois antigénique et inefficace. Elle transporterait de l'oxygène mais ne libérerait pas cette molécule aux tissus qui en ont besoin. L'hémoglobine de l'arénicole qui est, tout comme Riftia, un ver mais que que l'on trouve cette fois sur les plages, comme tu le sais certainement, est la seule molécule d'hémoglobine que nous connaissons issu d'un ver marin qui pourrait être utilisée en santé humaine."
Franck Zal, Équipe "Écophysiologie, adaptation et évolution moléculaires" (CNRS - Université Pierre et Marie Curie)

 

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Q : "Ia ora na, merci pour ces rendez-vous scientifiques. Passionné par les sources hydrothermales des fonds océaniques, je n'arrive pas à me documenter sur le sujet suivant : comment des espèces comme les Riftias peuvent-ils coloniser des sites nouvellement apparus ? Existent-ils des modes de détection de fluides hydrothermaux, ou est-ce au gré des courants qu'ils colonisent de nouveaux sites ?"
Stéphane, de Papeete (Tahiti)

R : "Riftia pachyptila est un ver géant qui vit sur les sources hydrothermales du Pacifique oriental. Sa taille peut dépasser un mètre ou même plus. C'est un animal qui vit en colonies, dans un tube dressé qu'il sécrète lui-même au cours de sa croissance. Évidemment, cet animal ne peut se déplacer quand il est adulte, amarré qu'il est dans son tube. Ce n'est donc qu'au cours de sa phase larvaire qu'il peut se déplacer.
Des études sur ses larves montrent qu'elles ont une flottabilité positive et qu'elles peuvent s'élever dans la colonne d'eau où elles sont soumises aux courants de fond. Leur durée de vie avant métamorphose étant de l'ordre de 38 jours, elles peuvent être transportées sur plus de 200 kilomètres le long de la dorsale. On ne sait pas s'il existe un chimiotropisme (attirance par un composé chimique) pour les fluides hydrothermaux. Par contre, chez le ver de Pompéi (Alvinella pompejana), une équipe française a démontré que le développement larvaire était arrêté dans l'eau froide des abysses et ne reprenait que si la larve rencontrait une température favorable à son développement."
Daniel Desbruyères, responsable du département Études des écosystèmes profonds (Ifremer Brest)

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Q : "Bonjour le chef sous-marin,
Est-ce qu'il y a des plongeurs qui plongent avec Victor ? Est-ce que les scientifiques recherchent aussi des trésors de pirates perdus au fond de l'océan ?"
Alex (7 ans bientôt)

R : "Bonjour Alex,
Pour répondre à ta première question, tu dois savoir que Victor (à la différence du sous-marin habité Nautile) est relié au bateau par un très très long câble (presque 9 km).
Il n'est donc pas nécessaire de mettre des plongeurs à l'eau, puisqu'il suffit de tirer sur le câble avec un gros treuil (ça ressemble à une grosse bobine de fil) pour remettre Victor sur le bateau.
Concernant les trésors de pirates, Victor peut bien sûr chercher des vieilles épaves au fond de l'eau , car le sous-marin est équipé d'un sonar qui peut trouver des tas de choses... même des petits objets comme des boites de conserves... un peu comme les dauphins qui émettent des sifflements dans l'eau pour trouver les bons petits poissons à manger. Certains scientifiques essayent de trouver comme ça des vieux bateaux remplis d'amphores et, pourquoi pas, les trésors de pirates !".
Alain Christophe, chef de l'équipe Victor

 

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Q : "Bonjour Monsieur le Capitaine. Est-ce que vous avez un assistant ou quelqu'un qui vous aide pour conduire le navire ? Ou est-ce qu'on vous apporte à manger sur votre grand fauteuil à l'avant du bateau ? Est-ce que vous avez le temps de dormir ?
Je vous souhaite un gros bon courage, ça doit être difficile."
Sol, 6 ans

R : "Bonsoir Sol,
Il est 21h10, nous venons de mettre notre robot Victor à la mer, il va descendre à plus de 1700 mètres de profondeur pour explorer le fond de la mer.
Sur le Pourquoi pas ?, nous sommes 70 personnes à bord. Des marins, des scientifiques et des ingénieurs et techniciens qui s'occupent du robot et du matériel scientifique. Nous avons chacun notre travail, tous le monde le fait bien, et la mission se déroule "super top".
Pour répondre à ta question, non, rassures-toi, je ne suis pas seul pour conduire le navire. J'ai Aurélien qui est mon second capitaine, Hervé et Vincent qui sont lieutenant et qui assurent la veille et les travaux sur la passerelle. Nous avons aussi des mécaniciens qui font marcher les moteurs, et des bons cuisiniers qui nous font à manger.
Oui, j'ai le temps de manger, le temps de dormir, mais si il y a le moindre problème sur le bateau, il faut que le capitaine soit toujours prêt.
Non, ce n'est pas difficile, il suffit d'aimer les bateaux, la mer et son métier de marin.
Grosse bises"
Philippe Guillemet, Commandant du Pourquoi pas ?

 

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Q : "Bonjour, j'ai vu dans vos pages que vous parlez de Rimicaris exoculata et Mirocaris fortunata. Je voulais savoir comment nomme-t-on ces espèces ? Et si vous en découvriez une de nouvelle, comment l'appelleriez-vous ?! Merci."
Jean-Jacques, de Lyon (69)

R : "Le scientifique chargé de décrire un animal récolté pour la première fois, appelé taxinomiste, doit lui donner un nom latin. C'est une règle internationale. Ce nom se compose d'un nom de genre : Rimicaris, et d'espèce : exoculata. Pour créer ce nom, le taxinomiste utilise soit une caractéristique morphologique de l'animal (exoculata = sans yeux), soit le nom d'un autre taxinomiste ou autre scientifique pour rendre hommage à son travail. Dans le cas de Mirocaris, le taxinomiste russe a pris le nom de leur sous-marin Mir pour composer la première partie du nom.
Si la mission Momareto découvre une nouvelle espèce, elle sera envoyée à un spécialiste des crevettes hydrothermales, qui lui donnera le nom qui lui paraîtra le plus approprié. Par exemple il pourra l'appeler Mirocaris sarrazinae, en hommage à Jozée Sarrazin, la chef de mission, parce qu'elle est super sympa... !".
Michel Segonzac, taxinomiste à l'Ifremer

Pierre Legendre (Université de Montréal) nous précise que c'est le biologiste suédois Carl von Linné (1707-1778) qui est le père de la nomenclature binomiale utilisée par les biologistes de nos jours. Les deux noms devaient être écrits en latin, langue que les lettrés de son époque apprenaient à l'école...

 

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Q : "J'ai vu dans la page d'hier une chimère. Est-ce un faux poisson ?"
Catherine, de Montreuil (93)

 

 

R : "Le groupe des poissons cartilagineux comprend les requins, les raies et les chimères. On trouve les chimères dans tous les océans tempérés du monde, surtout en grande profondeur. Elles ont une grosse tête, une queue fine et des nageoires pectorales en éventail.

Comme chez les requins, les mâles ont les nageoires pelviennes transformées en organe de copulation (notre photo), car la fécondation est interne chez ces poissons. Les femelles pondent des oeufs protégés par une capsule à texture de cuir".
Pierre Legendre, Université de Montréal.

 

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Q : "Pourquoi faites-vous plonger le robot de nuit plutôt que de jour ? Y a-t-il un somnambule dans l'équipe ?!"
Thérèse, de Montréal (Canada)

R : "Les robots sont, en principe, conçus pour travailler au fond plusieurs jours d'affilée. Les travaux biologiques de Momareto imposent cependant des contraintes : nos échantillonnages sont limités par le nombre de contenants disponibles. Par exemple, l'échantillonneur Pepito peut prendre au maximum 15 échantillons d'eau et nous ne disposons que de 8 contenants pour les échantillons recueillis par l'aspirateur. Nous devons donc remonter Victor en surface pour vider ses contenants.
Nos chefs de mission ont donc décidé de travailler sur un cycle de 24 heures : 16 heures au fond et 8 à bord.
Les collègues dans les labos traitant les échantillons biologiques, bactériologiques et chimiques ont, eux aussi, plusieurs heures de travail pour préserver ou mettre en culture les échantillons après chaque remontée. Il vaut donc mieux que le robot soit à bord du navire pendant la journée, alors que la majorité des scientifiques et techniciens sont à l'œuvre".
Pierre Legendre, Université de Montréal

 

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Q : "De quelle couleur sont les yeux des crevettes des Açores ?"
Pierre, de Fouras (17)

 

 

R : "Les yeux de la crevette Rimicaris ont disparu, mais elle reste sensible aux rayons infra-rouge des fumeurs grâce à des ocelles".
Nathalie Byrne, Ifremer Brest

 

 
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07/05/2007

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