L'océan profond est l'environnement le plus étendu de notre planète et en même temps, l'un des moins étudiés.

Il abrite des habitats immenses tels que les millions de km2 couverts par la plaine abyssale et les 65,000 km parcourus par les dorsales océaniques.

L'utilisation croissante de submersibles pouvant plonger à de grandes profondeurs au cours des dernières décennies a permis la découverte d'écosystèmes extrêmement riches, tant sur les marges continentales qu'au niveau des dorsales océaniques. Ces écosystèmes particuliers sont reliés à des émissions de fluides réduits (sources froides, sources hydrothermales), à des structures topographiques spécifiques (monts sous-marins, monts carbonatés) ou à une arrivée massive de matière organique (carcasses de baleine, bois coulés). Ces habitats supportent des communautés microbiennes et animales uniques, qui contrastent avec le paysage ambiant.

Parmi ces environnements singuliers se retrouvent les sources hydrothermales, zones d'intérêt pour la campagne Momareto. Ces évents d'eau chaude, semblables aux geysers retrouvés sur terre, émergent à la surface des fonds marins dans des zones volcaniques actives appelées rides océaniques. L'eau de mer se fraie un passage à travers les fissures de la croûte océanique où elle se réchauffe et s'enrichit de divers éléments chimiques.

Le fluide hydrothermal chaud, chargé notamment d'hydrogène sulfuré, de fer et de métaux lourds, remonte à la surface du plancher océanique. Au contact de l'eau de mer froide, les éléments qu'il transportait précipitent et forment des nuages de fumée. Les sources de type «fumeurs noirs» dégagent d'épais panaches de fumée noirâtre et rejettent des fluides dont la température peut frôler les 400°C! La précipitation lente des composés contenus dans les fluides entraîne la formation de cheminées hydrothermales, de véritables tours sous-marines qui peuvent atteindre la hauteur... d'un édifice de 15 étages! C'est sur ces immenses structures que se déploie une faune tout à fait unique.

Au lieu d'utiliser l'énergie solaire par photosynthèse comme le font les végétaux, les microbes des sources hydrothermales utilisent l'énergie chimique fournie par les fluides chauds pour assurer leur croissance et leur survie par un processus nommé chimiosynthèse. Ils forment ainsi le premier maillon de la chaîne alimentaire de cet écosystème exubérant. Le broutage, la filtration ou les associations symbiotiques permettent aux autres organismes du milieu d'utiliser les microorganismes comme source d'énergie. Des crabes, des pieuvres, des poissons et d'autres prédateurs rôdent autour des sources actives, attirés par ces apports providentiels de nourriture.

Nos connaissances sur les écosystèmes situés dans les profondeurs océaniques sont encore limitées. L'exploration scientifique de ce milieu est indispensable non seulement pour améliorer notre compréhension du fonctionnement de ces habitats mais aussi simplement pour en répertorier et en connaître les habitants. La taille réduite des communautés biologiques étudiées et les gradients physico-chimiques extrêmes du milieu hydrothermal le rendent impossible à étudier avec l'instrumentation océanographique conventionnelle (chaluts, carottiers). Son étude requiert donc l'utilisation de petits submersibles, capables de travailler et d'échantillonner à de petites échelles (dm) sur le plancher océanique ainsi que d'une instrumentation adaptée, encore à inventer. Le développement de ces nouveaux outils était l'objectif principal du projet européen Exocet/D.

 

Photo ci-cdessus : prélèvements et mesures sur une source hydrothermale par le bras télémanipulateur du Victor 6000, par 2630 mètres de fond. © Ifremer

 

 
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      Mise à jour
07/05/2007

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