Trois questions à…

Jean-Pierre

Physico-chimiste au laboratoire Géochimie et Métallogénie

- Vous êtes souvent dans le conteneur Chimie… Que faites-vous là-dedans ?!

Beaucoup de choses ! Tout d'abord, je mesure la concentration en méthane dans les échantillons d'eau de mer prélevés avec la rosette-CTD. Pourquoi ? Parce que le méthane est un très bon traceur de l'activité hydrothermale des dorsales et des marges. Associé à d'autres traceurs physico-chimiques (manganèse, néphélométrie, température...), il permet de localiser les sources actives.
Par 4000 mètres de fond, le méthane en temps normal a une concentration très faible. C'est quelques nanolitres par litre d'eau de mer. Ici, dans la première CTD située dans le panache de la zone active Achadze, on est monté à 2000 fois plus !

Mon second travail est d'étudier les fluides hydrothermaux chauds. Ils sont prélevés dans des seringues en titane manipulées par le bras du Victor 6000 qui positionne leur canule dans le conduit de la cheminée. C'est une opération délicate, car il faut éviter d'échantillonner un fluide mélangé avec l'eau de mer environnante. Une fois ramené à bord, ce fluide rare et précieux fait l'objet de toute notre attention. Est-il de bonne qualité (faible pourcentage d'eau de mer) ? Une mesure immédiate du pH, de l'hydrogène sulfuré et du magnésium permet de conclure. Si il est presque pur, le magnésium, contrairement à l'eau de mer, sera faible. Dans ce cas, on extrait et on quantifie les gaz de celui-ci grâce à une petite usine d'extraction couplée à un micro-chromatographe.
C'est tout simple ! Et tout ça se fait dans le conteneur avec l'aide de Jean-Luc, qui prépare minutieusement les seringues, et Cécile qui va rechercher les composés organiques dans les fluides !

 

- Vous avez parlé des dorsales océaniques et des marges continentales… Les fluides y sont différents ?

Les fluides hydrothermaux sont en fait déjà différents entre eux sur une dorsale par exemple. Les paramètres chimiques étudiés sont les mêmes, c'est avant tout une différence de température. Pour les marges, on parle de fluides froids de l'ordre de la dizaine de degrés, avec une couche sédimentaire qui est importante. Les dorsales, c'est de l'ordre de plusieurs centaines de degrés (< 400°C), grâce au réacteur qui vient du fond de la terre.
Ce n'est pas le même type de circulation, mais c'est intéressant d'étudier autant l'un que l'autre, pour comprendre les différents mécanismes mis en jeu, découvrir les ressources énergétiques et minérales ainsi que les espèces vivantes associées à ces sorties de fluides.

 

- Quelle formation avez-vous suivi ? Et quel souvenir gardez-vous de vos différentes plongées en submersible ?!

J'ai un DUT de mesures physiques et je suis entré à l'Ifremer en 1987 en tant que technicien chimiste, où j'ai embarqué pour ma première campagne 15 jours plus tard ! L'avantage de ce DUT est sa polyvalence, il permet de travailler dans la chimie, l'électronique, l'informatique, la métrologie… J'ai obtenu en 2005 un Master 2 OPEX (Optimisation des Protocoles Expérimentaux) dans le cadre de la formation continue.

Un souvenir de plongée ?! Je dirai, pour changer, un moment de frayeur avec le sous-marin Alvin ! On était à 3600 mètres, et il y a soudain eu une déflagration… Des boules remplies d'air ont éclaté ! L'onde de choc a été terrible… Le pilote de l'Alvin a fait une marche arrière express pour s'écarter du danger, je m'en rappellerai toute ma vie ! C'était ma première plongée…