Trois questions à
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Joël
Technicien analyste en géochimie au laboratoire Géochimie et Métallogénie |
- A bord du Pourquoi pas ?, vous utilisez la méthode par fluorescence X
A quoi ça sert ?
Il s'agit d'une technique non destructive d'analyse des solides qui permet de connaître les compositions chimiques des roches et
d'identifier les éléments majeurs dans les sulfures polymétalliques, comme le cuivre, le zinc ou le fer, et certains éléments traces. Elle est facile à mettre en uvre sur le
Pourquoi pas ?, et la préparation est simple : broyage de la roche, puis pressage de la poudre compactée sous 10 tonnes par centimètre carré, sous forme de pastille, et enfin prête pour
l'analyse !
Le principe est simple : lorsque la pastille est bombardée par un rayonnement de photons X très énergétique, elle émet un rayonnement de même nature, caractéristique des éléments qui la composent. On obtient, sur un écran, un spectre des différentes raies des éléments détectés, ce qui permet de les identifier et de les quantifier.
Il faut savoir que le laboratoire de Géochimie de l'Ifremer a été un pionnier, avec la première analyse à bord
d'un bateau océanographique, le Jean Charcot, en 1973. Cette méthode robuste et fiable est bien adaptée aux conditions de mer, et
l'instrument est devenu au fil du temps plus compact. Une quarantaine de missions ont utilisé la méthode par fluorescence X, dans tous les océans.
C'est une méthode éprouvée, on n'a pas encore trouvé mieux pour l'analyse des solides à bord des bateaux de recherche !
- Sur la campagne Serpentine, qu'analysez-vous ?
Je prends tout ! Des basaltes, des péridotites, mais surtout des sulfures, à plus de 80%. Avec ces derniers, il est possible de caractériser les différents sites étudiés en quantifiant leur teneur en cuivre, en zinc, en fer
Avec les basaltes, des éléments trace permettent
d'avoir la signature des magmas sous-jacents.
Ces analyses sont complémentaires des descriptions des roches faites par les spécialistes.
L'intérêt d'avoir la fluorescence X à bord, c'est de pouvoir déterminer rapidement la composition chimique
d'une roche. Il y a 3 ans, dans le Pacifique, on m'a apporté un échantillon de couleur noire et de forme banale. Quand je
l'ai analysé, j'ai trouvé du phosphore et du calcium
C'était un morceau d'os de baleine !
D'où l'intérêt de cette méthode qui rend l'analyse en moins d'une heure !
Tous ces échantillons seront à nouveau analysés à terre, au laboratoire et ailleurs, avec
d'autres techniques. Cela permettra de mieux comprendre la formation des amas sulfurés et de contribuer à
l'inventaire des ressources minérales potentielles qui existent au fond de l'eau.
L'Ifremer possède une collection d'échantillons unique au monde.
- Pour faire ce métier, quelle formation faut-il avoir ? Utilisera-t-on toujours la fluorescence X dans dix ans ?
Je suis chimiste à la base. Pour faire ce métier, je dirai qu'il faut être rigoureux et exigeant au niveau de la qualité des résultats. Pour travailler sur nos appareils, on peut préparer un DUT
"Mesures physiques", notamment celui de Lannion avec qui nous avons un partenariat. Il y a aussi
Intechmer à Cherbourg, qui propose de bonnes formations polyvalentes.
L'avenir de la fluorescence X à l'Ifremer, il est rose et gris ! On a du matériel très à la pointe. Notre dernière acquisition,
c'est un "core scanner" qui permet de mesurer en continu et à très haute résolution, des grandes longueurs de carottes de sédiments. Actuellement,
c'est le seul instrument existant en France, mais malheureusement le personnel manque
Il y a des étudiants que nous formons pour son utilisation, mais ça risque de poser un problème dans quelques années !
Plus d'informations sur la fluorescence X à l'Ifremer : http://www.ifremer.fr/drogm/Gm/Dept/Labo/fluo.html