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Tsunami en Atlantique ?
A propos du volcan de La Palma aux Canaries
Michel Olagnon Océano-Météo |
Suite aux raz de marée dévastateurs du 26-12-2004, la question du danger de rencontrer des tsunamis en Atlantique a resurgi.
En particulier, des interrogations sont soulevées à propos de l'effondrement possible du volcan Cumbre Vieja à La Palma aux Canaries.
Les quelques lignes qui suivent présentent mon analyse personnelle de cette affaire.
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En Septembre 2000, des chercheurs de l'University College de Londres
ont contacté le Ministre britannique des Sciences Lord Sainsbury pour
l'avertir que l'effondrement d'un volcan dans les Canaries pourrait
envoyer un mur d'eau de plusieurs centaines de mètres de hauteur balayer
l'océan Atlantique. Les Caraíbes et la côte est des USA subiraient la
plus grande partie des dommages, mais de larges parts de la côte ouest
de la Grande Bretagne seraient touchées.
Cet avertissement venait à l'occasion de la réception par Lord Sainsbury
d'un rapport sur la menace des NEOs (Near Earth Objects), incitant
le Royaume Uni à prendre le leadership d'un système d'alerte sur les
risques planétaires.
Le Dr. Simon Day, du Benfield Greig Hazard Research Centre de l'UCL,
affirmait que le flanc ouest du volcan Cumbre Vieja à La Palma est instable,
et qu'un glissement pouvait se produire. Un modèle suisse aurait indiqué
que le glissement de terrain créerait un méga-tsunami dont l'amplitude
initiale serait de 650 mètres, dont la vitesse serait de 720 kmh, et qui
pourrait, malgré l'atténuation, créer des dégâts jusqu'à 20 km à l'intérieur
des terres aux USA.
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Reprenons ces points en détail : |
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Un flanc instable
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Le flanc ouest du volcan Cumbre Vieja à La Palma est sans aucun doute instable, mais une demi-douzaine d'éruptions sommitales peuvent
encore se produire avant qu'il ne s'effondre (Pr. Bill McGuire). De
plus, il est extrêmement improbable qu'alors tout s'effondre d'un bloc
comme les chercheurs l'ont postulé.
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Un méga-tsunami
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Un modèle suisse aurait indiqué que le glissement de terrain créerait
un méga-tsunami.
Il y a des limites à ce qu'on sait correctement modéliser.
De même, quand on fait des essais en bassin sur modèle réduit, on doit respecter
des règles de similitude.
Malheureusement, on ne peut respecter la similitude que pour certains
des phénomènes impliqués, en supposant que les effets des autres restent
négligeables. Au delà de facteurs d'échelle de 50, c'est rarement le cas.
De plus, j'ai par hasard assisté quelqu'un sur un code de calcul d'effet de
glissements sous-marins, celui-là ou son clone. C'est le genre de
programme qui ne marche plus dès qu'on change de version du compilateur,
de système d'exploitation, ou d'utilisateur. Un informaticien
doit savoir quel crédit on peut apporter à ses résultats.
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650 mètres d'amplitude initiale
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Quand on sait que le plus haut jamais atteint par une vague est 524
mètres, on peut y croire. Mais pas si on connait les conditions.
Les 524 mètres de la baie de Lituya en Alaska se sont produits
dans une cuvette quasi-fermée, où l'effondrement d'un côté a produit
un jet de rive (run-up) de l'autre. En mer ouverte, on ne peut
physiquement pas créer l'accélération verticale nécessaire. D'ailleurs,
les tsunamis sont pratiquement indétectables au large de par leur seule
hauteur (un ou deux décimètres max) -- l'équipage d'un navire le ressent
comme les vibrations d'une explosion sous-marine ou d'un échouage --.
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Un déplacement à 720 km/h
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Exact. Un tsunami se propage comme une onde solitaire de longueur d'onde infinie, c'est à dire que la vague semble se déplacer d'un bloc, et à une vitesse donnée par la formule racine(gd) en fonction de la gravité et de la profondeur, ce qui donne 200 m/s, soit 720 km/h pour une plaine abyssale de 4000 m.
Bien qu'on l'appelle onde solitaire, le phénomène est généralement constitué d'une succession de vagues.
A Hilo, sur la Grande-Ile de Hawaii, plus de la moitié des victimes du tsunami du premier Avril 1946 furent des personnes qui se précipitèrent pour porter secours après la première vague, et furent noyées par les suivantes.
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Quel risque en Atlantique ?
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On notera que sur les 157 tsunamis des 20 dernières années du vingtième siècle, 138 se sont produits dans le Pacifique, 2 dans l'océan Indien, 9 en Méditerranée,
5 dans les Caraïbes, 1 dans le golfe d'Aqaba, 1 en mer de Chine du Sud,
1 en mer de Marmara. L'Atlantique n'est pas des plus frappés.
Chacun le sait, le risque zéro n'existe pas.
Un scientifique honnête ne peut donc écarter le risque d'un tsunami, voire d'un méga-tsunami en Atlantique.
Par contre, la même honnêteté doit le conduire à faire attribuer en priorité les financements aux risques les plus probables et aux populations qui en ont un besoin immédiat parce qu'elles ont été frappées par une catastrophe, au détriment des éventualités incertaines pouvant se produire au pire une fois dans les quelques dizaines de millénaires à venir.
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Pour en savoir plus
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