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Des modèles 3D de la source hydrothermale Tour Eiffel révèlent les évolutions fines de la biodiversité des grands fonds

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Vue 3D de la cheminée hydrothermale Tour Eiffel en 2020

Grâce aux modèles 3D de la cheminée hydrothermale Tour Eiffel obtenus, les scientifiques peuvent l'observer en détail et sous tous les angles, pour repérer les variations interannuelles.

A partir de vidéos tournées par le robot Victor 6000 entre 2015 et 2020, des scientifiques ont reconstruit pour la première fois en 3D la source hydrothermale Tour Eiffel, située à 1700 mètres de profondeur sur la dorsale médio-Atlantique. Cette étude, publiée récemment, montre une stabilité globale de l’édifice sur 5 ans. Elle met néanmoins en évidence des variations fines de la topographie, de l’activité hydrothermale et de la répartition de la faune jusqu’ici jamais observées.

Trois modèles de l’édifice hydrothermal Tour Eiffel ont été réalisés à partir de séquences vidéo prises par le robot Victor 6000 en 2015, 2018 et 2020 lors des campagnes océanographiques Momarsat, au large des Açores. Objectif : comparer sa structure géologique et les communautés qui le peuplent pour mieux connaitre et quantifier leur évolution dans le temps.

D’habitude, nous travaillons à partir d’images en 2D pour identifier les communautés faunistiques et les types de substrats. Mais sur des sites avec une topographie complexe comme Tour Eiffel, cela n’est pas toujours très précis. C’est là que la photogrammétrie devient un outil particulièrement intéressant : en créant une mosaïque d’images 2D, nous pouvons reconstruire un modèle 3D complet de la source hydrothermale et l’analyser a posteriori. 

Marjolaine Matabos
chercheure en écologie benthique
au laboratoire « Environnement Profond »

Les scientifiques ont ainsi pu identifier des changements légers de la forme des cheminées hydrothermales et de la direction des fluides qui s’en échappent. Ces modèles 3D mettent également en évidence l’adaptation de la faune à ces modifications : à grande échelle l’écosystème semble stable depuis 25 ans, mais en regardant les populations de moules de plus près, on constate que certaines d’entre elles migrent de quelques centimètres ou dizaines de centimètres pour se repositionner par rapport aux nouvelles sorties de fluides, leur seule source d’énergie.

Ces évolutions fines montrent un équilibre dynamique à petite échelle de la biodiversité associée aux sources hydrothermales. Elles questionnent néanmoins la capacité de ces écosystèmes à résister à des perturbations à grande échelle, notamment dans le contexte d’une exploitation potentielle des ressources minérales profondes. Ce qui est certain grâce à cette étude, c’est que la photogrammétrie est un outil d’avenir pour surveiller les grands fonds marins sur le long terme.

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