Comment se régénère le milieu marin suite à une exploitation industrielle ?

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Un carottier multitube utilisé pour la première fois sur un navire côtier est plongé sur le site du Pilier en Loire-Atlantique

Petit grain indispensable aux rouages de l’industrie de la construction pour la fabrication du béton, le sable s’avère aussi très prisé pour la création de polders, nouvelles étendues conquises sur la mer, ou pour le rechargement des plages. Si le sable provient essentiellement de carrières situées à terre, l’exploitation se fait aussi en mer avec 18 sites bénéficiant d’une autorisation d’extraction recensés sur les côtes françaises. Dans ce cas, on parle d’extraction de « granulats marins », un terme qui désigne les sables et graviers exploités sur les fonds. Le sable prélevé en mer représentait en France, en 2018, environ 1,3 % des 445 millions de tonnes de granulats extraites et employées pour la construction de routes, d’infrastructures, de logements, de ponts. Cette activité industrielle laisse des traces dans l’environnement marin mais toute la question est de savoir combien de temps ces cicatrices restent visibles dans le milieu. Les perturbations sont-elles temporaires ou au contraire s’inscrivent-elles dans la durée ? C’est cette résilience du milieu marin après une longue période d’extraction industrielle que l’Ifremer cherche à évaluer lors des campagnes océanographiques RESISTE qui se déroulent sur un ancien site d’exploitation au large de l’estuaire de la Loire.

Trois questions à Laure Simplet, géologue à l’Ifremer et spécialiste des granulats marins.

Quels sont les impacts d’une extraction de granulats en mer 

L’extraction en mer n’est pas sans conséquences pour le milieu. La morphologie des fonds sous-marins est modifiée par le creusement de fossés qu’on appelle « souilles » et parfois par le changement du type de sédiments rencontrés. En effet, les navires sabliers peuvent conduire à une modification de la nature des fonds. L’aspiration du sédiment provoque la destruction de la faune habitant sur le fond marin. Ces perturbations fortes du milieu peuvent aller jusqu’à modifier la dynamique de la houle et des courants ainsi que les mouvements des sédiments, et provoquer l’érosion des plages alentour (un phénomène qui n’est pas observé en France). Sans oublier les implications pour les communautés de poissons qui vivent près du fond et qui subissent pleinement les évolutions de leurs habitats.

Comment le milieu marin se remet-il d’une longue période d’extraction industrielle ?

On ne le sait pas encore avec précision et c’est justement l’objet de nos recherches à l’Ifremer. Si les impacts de l’exploitation de sable et de graviers sont bien identifiés, la capacité du milieu à se régénérer une fois toute activité d’extraction arrêtée n’est pas encore bien connue. Le milieu peut-il naturellement retrouver son état originel et, si oui, en combien de temps ? Cette question de la résilience des écosystèmes marins face à de tels types de perturbations est au cœur du projet de recherche RESISTE initié par l’Ifremer. Sa particularité est de réunir tout un panel de scientifiques (biologistes, géologues et physiciens) pour suivre tous les compartiments du milieu marin à différentes échelles de temps : de la saison, de quelques années, et de la décennie après l’arrêt des travaux d’extraction. Le site choisi se situe au large de l’estuaire de la Loire, il a été pendant 30 ans l’un des principaux sites d’extraction de granulats marins sur la façade maritime française.

Un des objectifs du plan d’investissement France 2030 est de renforcer l’exploration des grands fonds marins, qui contiennent des minéraux de plus en plus rares à terre. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Il faut garder en tête que les granulats marins sont exploités dans les petits fonds (moins de 200 m de profondeur) depuis plusieurs dizaines d’années. L’exploitation des minerais des grands fonds reste encore prospective. Ma préoccupation en tant que scientifique est de renforcer nos observations sur l’impact des activités humaines. Ma spécialité sur les granulats me conduit à étudier des sites assez proches des côtes. Et je me rends compte que nos connaissances sont encore très parcellaires, même sur ces petits fonds qui font pourtant déjà l’objet de pressions humaines.

Nous avons besoin de davantage de connaissances. Par exemple, notre objectif avec les données que nous sommes en train d’acquérir au large de la Loire est de définir les meilleurs indicateurs pour mesurer les effets de l’activité d’extraction, d’établir des seuils de perturbation à ne pas dépasser pour permettre la régénération du milieu, ou encore d’orienter les mesures de gestion pour réduire les impacts. C’est tout l’enjeu de nos recherches sur les fonds marins, grands et petits : il s’agit de bien les connaitre pour mieux les préserver.